Puis elle quitta la salle et se dirigea vers la chambre de la supérieure. Le long des grands corridors silencieux, elle glissait légère, et comme portée sur les ailes de la pensée qui lui était venue...

Il se passa trois semaines, pendant lesquelles Le Bolloche fut de plus en plus triste.

Enfin, le jour fixé pour les noces de Désirée arriva.

Ce matin-là, Le Bolloche, qui avait à peine dormi, se leva un peu avant les autres, et descendit, sous prétexte d'aller bêcher son jardinet.

Mais, à peine dehors, il s'arrêta, il chercha au loin la contrée où son pauvre esprit avait erré toute la nuit. De la colline de l'hospice, et ancien comme il était, il ne pouvait apercevoir la maison. Mais dans la brume bleue du matin il distingua la tache blanche que faisait le faubourg, et les verdures pâles qui étaient les vergers. Un souffle pur arrivait de là. Le pauvre vieux se sentit les yeux pleins de larmes. Et il crut entendre, emportée par le vent, une voix qui disait:

--Allons, père, levez-vous, venez, voici les noces! Grand'mère a une robe neuve que mon fiancé lui a payée. Moi, je suis belle comme le jour. J'ai une couronne en fleurs de cire, un châle à dessins et une broche pour l'attacher, j'ai le cœur en joie surtout, car dans trois heures nous partirons pour nous aller marier. Venez, je veux vous embrasser bien fort, pour m'avoir donné la vie, qui est si bonne à présent, la vie qui s'ouvre comme une fête. Venez me voir heureuse!

Le Bolloche, troublé, l'esprit à moitié égaré, hésita un moment, puis il reprit ses sens, branla la tête, regarda une dernière fois le faubourg, et répéta ce qu'il n'avait cessé de dire:

--Non, je n'irai pas!

Il se mit à descendre vers le fond de l'enclos, où était le jardin.

Mais il n'avait pas fait trente pas, que quelqu'un lui frappa sur l'épaule. Il se retourna.