A citer encore, dans l'entourage habituel de la reine Isabelle, la marquise de San Carlos, qui, sans titre officiel, a souvent fait auprès de Sa Majesté le service de la duchesse de Hijar, pendant l'absence de cette dernière.
Mme de San Carlos est une très belle personne, douce, bienveillante, aimable et particulièrement intelligente. Moitié Havanaise et moitié Espagnole, elle a écrit un livre des plus intéressants: Les Américains chez eux, qui a eu du succès et dont la presse anglaise, encore plus que la française, s'est énormément occupée.
Que dire de l'ambassadeur, qui n'a pas eu le temps, jusqu'ici, de se faire connaître de la société parisienne? Issu d'une famille opulente de Saint-Sébastien, dont le nom patronymique est la Sala, il a fait de brillantes études de droit et s'est enrôlé dans les rangs du parti conservateur, auquel il est toujours resté fidèle. C'est un esprit éclairé, une nature loyale, un personnage sympathique, d'une grande sûreté de relations, universellement aimé et estimé.
Il a épousé Mlle Brunetti, dont la mère était une Camerassa, cousine du duc d'Ossuna. Or, à la mort de celui-ci, son unique descendant, ayant hérité d'une trentaine de titres, ne voulut, en présence des droits phénoménaux qu'il aurait eu à payer, en garder que quatre et il céda les autres à ses parents. C'est ainsi que Mme de la Sala devint duchesse de Mandas et, selon la coutume espagnole, transmit le titre à son mari.
C'est aussi de cette façon que la sœur de Mme de Mandas, Mme de Haber, très répandue et très goûtée, devint duchesse de Monteagudo. L'armorial espagnol est un labyrinthe dans lequel il n'est point aisé de trouver sa route et de se débrouiller.
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En dehors de la cour et de l'ambassade, la grande dame la plus en évidence de la colonie espagnole de Paris est, sans contredit, la maréchale Serrano, duchesse de la Torre.
Cette femme célèbre, tant par son rang--elle a été régente du royaume avant l'arrivée du roi Amédée--que par sa grande beauté, est d'origine havanaise. Elle a des yeux superbes, un teint éclatant, une tournure charmante, des toilettes incomparables et un goût irréprochable. Prodigieuse de conservation et de jeunesse, les années ont glissé sur elle sans l'atteindre et, quoique elle ait deux filles mariées, la princesse Kotchoubey et la comtesse Santovenia, elle paraît à peine dans la maturité de l'âge.
On raconte qu'elle est sur le point d'entrer en possession d'une immense fortune provenant d'un trésor récemment découvert en Angleterre dans une terre de famille.
Vient ensuite la duchesse de Valencia, née Tascher de la Pagerie et veuve du fameux Narvaès, l'affabilité, la grâce et la distinction mêmes.