Tout le monde sait qu'elle a le type Bourbonien très accentué, un très grand air, que ne dépare pas un embonpoint caractérisé, une expression de franchise et de bienveillance très apparente. Mais ce que l'on connaît moins, c'est son excessive amabilité, dépouillée de tout apprêt, sa profonde sympathie pour la France et sa reconnaissance pour l'hospitalité quelle y a reçue, son attachement et son dévouement pour ceux qui l'entourent et, par-dessus tout, son inépuisable bonté. En veut-on un exemple entre mille?
Un jour, elle apprend qu'un sectaire des plus dangereux qui, après avoir attenté à sa vie dans les circonstances que l'on connaît, s'est réfugié à Paris, est dans la plus profonde misère et implore la charité:
--Qu'on lui envoie de suite cinq cents francs, dit-elle sans hésiter.
--Mais Votre Majesté sait, réplique le chambellan, que cet homme est un assassin; que c'est lui qui...
--Qu'est-ce que cela fait? répond-elle en souriant, tu es ridicule avec tes rancunes et tes idées de représailles. Ce n'est pas moi, Isabelle, que ce malheureux a voulu tuer, c'est le parti que je représente. Allons! pas de mauvaise humeur et ne tarde pas à faire ce que je t'ai dit...
En ce moment, la reine Isabelle ne reçoit qu'en petit comité, sans aucun apparat, et, bien que le palais de Castille, situé, comme on sait, avenue Kléber, se prête merveilleusement aux fêtes et à la représentation, les réceptions se bornent présentement à des dîners intimes triés sur le volet, qui sont très recherchés et très enviés.
Des deux infantes, sœurs du roi dom François et belles-sœurs, par conséquent, de la reine Isabelle, l'une, l'infante Pepa, a épousé feu M. Guell y Rente, sénateur très connu et très aimé du monde parisien, légendaire par ses boutades originales et ses saillies à l'emporte-pièce; l'autre, l'Infante Isabelle, réputée pour son esprit, a épousé le comte Gurowski, mort, comme M. Guell, depuis plusieurs années.
La maison officielle de la reine se compose de la duchesse de Hijar, grande maîtresse, et du marquis de Villasegura.
Fille du comte de la Puebla, veuve du duc de Hijar, marquis d'Almenara, comte de Rivadeo, dont la grandesse de première classe remonte à une époque très reculée, la duchesse est une très grande dame, sous tous les rapports, et, ce qui ne gâte rien, elle est remplie de tact et d'amabilité.
Quant au marquis de Villasegura, ancien officier de marine, il n'appartient pas à l'aristocratie de naissance et il a reçu son titre actuel au moment où il a été choisi par la reine pour être placé à la tête de sa maison; ce qui ne l'empêche nullement d'être un homme parfaitement distingué, s'acquittant à merveille de ses délicates fonctions.