Au Conseil national les radicaux sont en majorité; il y a ensuite quelques conservateurs protestants et catholiques, puis deux ou trois socialistes. En somme, tous les députés sont républicains; mais, tandis qu'au Conseil des États la majorité conservatrice est de 4 à 5 voix, au conseil national la majorité radicale est d'environ 50 voix.
Parmi les hommes remarquables qui ont marqué dans ces derniers temps au Conseil fédéral, il faut citer M. Charles Schenk, de Berne. Né en 1823, ancien pasteur, il a été président de la confédération en 1865, 1871, 1874, 1878, etc. Il appartient au parti radical et s'est occupé de la question de l'instruction publique. Il est l'auteur de la loi sur le paupérisme dans l'ancienne partie du canton de Berne. C'est un homme aimable.
M. Numa Droz (Neufchâtel) a été également président de la confédération à plusieurs reprises, la première fois en 1881, la dernière en 1888. Quoiqu'il soit encore jeune, sa vie a été bien remplie. Il se voua d'abord à l'horlogerie, en occupant ses loisirs à l'étude. Il devint instituteur, puis, après avoir rempli des fonctions communales, entra au grand conseil, puis au conseil d'État de Neuchâtel; il passa de là au conseil national et fut enfin élu conseiller fédéral. Il appartient au parti radical. C'est un homme très simple et très sympathique, un travailleur infatigable, en même temps qu'un orateur distingué. C'est lui qui a présidé le congrès pour la protection de la propriété littéraire et artistique. C'est encore lui qui, dans l'affaire Wohlgemuth, répondit à M. de Bismarck avec tant de dignité et de fermeté.
M. Louis Ruchonnet (Vaud) était le président de la Confédération suisse pour 1890. Il l'avait déjà été en 1883. Comme M. Numa Droz, avant d'être envoyé au conseil national puis au conseil fédéral, il avait rempli plusieurs fonctions cantonales. C'est un jurisconsulte éminent et un orateur de grand talent. Il s'est beaucoup occupé de la loi fédérale sur les poursuites pour dettes et les faillites, loi votée par le peuple suisse, le 23 novembre 1889. Il appartient également au parti radical.
M. Bernard Hammer (Soleure) est conservateur. Il a aujourd'hui soixante-six ans, et fut ministre de la Confédération à Berlin. Il était très compétent en matières financières, et se montrait toujours d'un caractère aimable. Depuis le 1er janvier 1891 il a été remplacé par un radical, M. V. Frei, de Bâle-Campagne, ancien ministre de la Confédération à Washington.
M. Émile Welti est un homme énergique et passionné; on le compare souvent à M. de Bismarck. Il a été président de la Confédération en 1869, et, depuis, s'est beaucoup occupé de la question des chemins de fer, dans laquelle il a d'ailleurs échoué.
*
* *
Au Conseil des États, un homme surtout méritait de fixer l'attention: c'est le docteur Albert Gobat (Berne), avocat. Il s'est beaucoup occupé de la question du latin et a fini par faire triompher ses idées, ou du moins une partie de ses idées, en faisant réduire le nombre des années consacrées à l'étude des langues mortes dans les gymnases bernois. C'est un travailleur et un énergique, mais il a le ton très tranchant. Aux dernières élections, M. Gobat a passé du Conseil des États au Conseil national.
*
* *
Le Conseil national compte un grand nombre de membres distingués et des orateurs de mérite, il y a beaucoup d'avocats et, parmi ces derniers, M. Rodolphe Brunner (Berne), radical; M. Edouard Marti, directeur du chemin de fer J. B. G., et qui, d'une façon très habile, a mené à bonne fin cette entreprise; M. Pierre Jolissaint est aussi un des directeurs du chemin de fer Jura-Berne; M. Ruffy (Vaud), chef du parti radical vaudois; M. Fower (Zurich), avocat d'un très grand talent; M. Robert Comtesse, (Neuchâtel), conseiller d'État neuchâtelois, s'occupe principalement de questions sociales.