Seul, Bourgeron restait sombre, abîmé dans son idée fixe.
On passa prendre le café dans un salon annexe. Des groupes se formèrent. Le colonel et le général causaient un peu à l'écart, adossés à la cheminée. Tardemol hochait la tête pendant que le colonel, à voix basse, avec une vivacité corrigée de respect, exposait sans doute des mécomptes d'avancement.
Le colonel s'éloigna un instant pour déposer sa tasse à café sur un guéridon; et ce fut à ce moment précis, l'espace de quelques secondes à peine, que Bourgeron ruina son avenir et celui de son colonel.
D'un pas chancelant, il s'approche du général, et d'une voix rendue rauque par l'émotion:
--Mon général, quoi qu'il en soit, j'estime que le triple-ante-post-écusson et la jugulaire-jarretière-macaron sont des réformes qui s'imposent!...
Le général fit un soubresaut comme un homme brusquement arraché au sommeil et lança un tel regard de surprise au malheureux capitaine, que celui-ci, rouge de honte, se retira sans ajouter une parole.
Cependant le colonel se rapprochait souriant.
--Dites-moi, colonel, quel est cet officier là-bas?
--C'est le capitaine Bourgeron, mon général, le capitaine d'habillement.
--Ah! Et... vous êtes content de cet officier?