Dans son interpellation sur la question municipale, M. Fresneau avait affirmé qu'il existait au parc de Montsouris une statue représentant Marat, en sorte que l'ancien pourvoyeur de la guillotine était honoré à l'égal des hommes qui ont rendu les plus grands services au pays. Le fait a été reconnu exact: il s'agit d'un buste exécuté par le sculpteur Baffier, buste qui n'est pas sans mérite, et qui fut acheté par la ville en 1883, sur un vote du Conseil municipal, puis utilisé en 1886 pour l'ornementation du parc de Montsouris.
Mais c'est à peine si on a eu le temps de constater la présence dans cette promenade publique d'un monument inconnu de la plupart des Parisiens et jusque de l'administration elle-même: car, à la suite de la révélation faite par M. Fresneau, le buste a été enlevé et transporté dans un des magasins de la Ville, à Auteuil.
Interrogé à ce sujet par le ministre de l'intérieur, le préfet de la Seine a répondu qu'un monument ne pouvait être conservé sur une voie publique qu'en vertu d'un décret présidentiel. Dans l'espèce, ce décret n'ayant jamais été ni sollicité ni rendu, on a dû, pour rentrer dans la légalité, enlever la statue.
Cet incident n'a pas donné lieu à un débat parlementaire, comme on l'avait cru d'abord, mais le Conseil municipal reprend ses séances lundi prochain, et il serait bien extraordinaire qu'il ne soulevât pas la question Marat, afin de donner une nouvelle consécration à la théorie du «bloc», qui a si bien réussi à M. Clémenceau.
Italie: la déclaration du nouveau ministère.--Comme nous l'avions prévu, et comme il était facile de le prévoir, la déclaration que M. di Rudini a lue au parlement indique, sinon un changement de politique à l'égard de la France, du moins une modification sensible dans la manière dont cette politique s'affirmera à l'avenir dans les relations du gouvernement italien avec le nôtre. C'est beaucoup, car les procédés de l'ancien président du conseil étaient faits souvent pour exaspérer ceux-là même, qui, dans notre pays, étaient le mieux disposés à vivre en bons termes avec nos voisins. Sur ce point spécial, celui qui nous intéresse par-dessus tout, le langage de M. di Rudini a été plus net encore qu'on ne l'espérait. La déclaration ministérielle affirme la politique de paix qui est dans les vœux de toutes les nations et ajoute: «C'est autour de cette idée de désir et de besoin de paix, que se sont réunies les puissances voulant se procurer une sécurité absolue et à l'Europe une tranquillité durable. Nous maintiendrons à nos alliances une fidélité solide et pure. Nous montrerons à tous, par notre conduite, que nous n'avons pas d'intentions agressives. Des doutes, des soupçons et des défiances ayant été soulevés à tort sur nos rapports avec la France, nous nous efforcerons d'éliminer toute fausse interprétation. Nous sommes convaincus que nous inspirerons, par une conduite mesurée, une sereine confiance que nous croyons mériter.»
Ainsi donc, le maintien de la triple alliance est nettement affirmé, mais en même temps le nouveau président du Conseil italien déclare catégoriquement qu'il s'appliquera à faire disparaître les malentendus qui ont failli compromettre à plusieurs reprises nos rapports avec l'Italie, malentendus que son prédécesseur semblait prendre à tâche d'entretenir. C'est tout ce que la France peut raisonnablement demander, et si le nouveau ministère se conforme à ce programme, nous pouvons compter sur une amélioration sensible des relations entre les deux pays.
L'Italie, d'ailleurs, n'a qu'à y gagner. De l'aveu même du ministère, elle traverse une crise économique aiguë et elle ressent, plus que toute autre puissance, ce besoin de paix dont parle M. di Rudini.
Irlande: la question Parnell.--Le sort en est jeté; l'accord que l'on croyait encore possible le semaine dernière entre les représentants de la cause irlandaise est définitivement rompu. Les longues négociations qui ont eu lieu à Boulogne entre Parnell et ses amis O'Brien et Dillon ont abouti à un échec complet. Que s'est-il passé? On ne le sait pas exactement, car le secret absolu a été gardé par les intéressés et on ne connaît les pourparlers que par les résultats, qui sont tristes pour les amis de l'Irlande.
M. Parnell, dans une lettre publique qu'il a adressée à M. O'Brien, déclare «que tous les efforts faits pour arriver à un règlement pacifique des malheureuses dissensions du parti ont avorté», et ajoute: «Je ne puis abdiquer, sans danger pour la cause, les responsabilités qui m'ont été imposées et que j'ai acceptées, du fait de notre peuple et de notre race».
D'autre part, M. Dillon a signé un manifeste dans lequel il dit: «Nous sommes forcés, à notre grand regret, de déclarer que, ayant fait de notre mieux pour la paix, nous n'avons pas atteint le but que nous poursuivions. Et cette misérable lutte en Irlande va donc se poursuivre!