Sur ce, Parnell s'est rendu en Irlande où il va mettre en œuvre ses puissantes facultés et son activité infatigable pour reconquérir la popularité dont il jouissait, avant ces fâcheux incidents.

Quant à Dillon et O'Brien, donnant encore une preuve de leur patriotisme, prêt à toutes les abnégations, ils se sont embarqués bravement pour Folkestone, après avoir lancé leur manifeste, et là ils ont été arrêtés, en vertu de la condamnation à l'emprisonnement prononcée contre eux l'année dernière.

Allemagne: l'empereur artiste.--Depuis que Guillaume II est monté sur le trône, il a causé au monde plus d'une surprise. On s'attendait à ne trouver en lui qu'un chef d'armée, impatient de faire parade de ses connaissances militaires, une sorte de caporal couronné, prêt à se lancer sans réflexion dans toutes les aventures: on a vu au contraire que s'il ne négligeait rien pour maintenir la puissance que son empire a acquise par les armes, il n'entendait rester en rien étranger aux travaux de la civilisation et de la paix. Tour à tour diplomate, organisateur, socialiste, pédagogue même, il apporte dans toutes les choses qui concernent l'administration de l'État le concours de son action propre et l'appui de ses vues personnelles.

Nous ne le connaissions pas comme amateur passionné des arts: il vient de se révéler comme tel. Certes, on savait déjà qu'il avait une certaine habileté à manier le pinceau, et qu'il avait produit quelques tableaux d'un certain mérite, représentant des sujets maritimes ou militaires. Mais, jusqu'ici, ces manifestations artistiques étaient demeurées tout intimes; celle à laquelle il vient de se livrer en s'associant publiquement au deuil que cause à la France la perte de Meissonier obtient et mérite plus de retentissement. L'empereur d'Allemagne a tenu à faire transmettre à l'Institut, par voie diplomatique, l'expression des regrets que lui a causés la mort «d'un homme qui fut une des grandes gloires de la France et du monde entier.»

Il y a là un hommage dont la sincérité est faite pour nous flatter dans notre orgueil national, venant d'un ennemi qui pour la première fois s'adresse directement à nous, et cela pour s'incliner devant une de nos gloires. Mais n'y a-t-il pas aussi une leçon dans ce fait que l'empereur d'Allemagne proclame implicitement que l'art n'a pas de frontières en célébrant l'auteur de la bataille d'Iéna, alors qu'en France on hésite à livrer franchement l'œuvre de Wagner au jugement du public?

N'est-ce pas dire aussi que les artistes français recevront le meilleur accueil s'ils répondent à l'invitation qui leur a été faite de prendre part à l'Exposition des Beaux-Arts qui se prépare à Berlin?

Dans ce cas, il y aurait double habileté, et l'empereur diplomate irait à l'égal de l'empereur artiste, étonnant de plus en plus l'Europe, peu préparée, par ce qu'elle croyait savoir de lui, à le suivre dans ces transformations successives.

Au Dahomey.--D'après les nouvelles que le Temps a reçues de la côte du Dahomey, par le steamer Gallia, de la Compagnie Cyprien Fabre, le père Dorgère s'est rendu à Abomey pour aller rendre visite au roi Behanzin, avant de s'embarquer pour la France, ou il doit venir prendre un repos bien gagné. Cette visite était, en quelque sorte, obligatoire, car elle était destinée à remplacer celle que notre administrateur, M. Ballot, devait faire lui-même au roi.

Les Dahoméens ont, paraît-il, une attitude très correcte vis-à-vis des autorité françaises, mais ils ne se comportent pas de la même façon avec les Français établis dans le pays, auxquels ils cherchent à nuire de toutes manières. Dernièrement ils ont demandé à tous les comptoirs de la côte d'envoyer un représentant pour assister aux sacrifices humains d'Abomey. Behanzin a fait torturer et décapiter les trente chefs qui s'étaient fait battre par nos troupes et il prétendait obliger nos nationaux à sanctionner par leur présence cette exécution.

Ajoutons que les Dahoméens continuent à recevoir des armes perfectionnées. Il leur a été expédié de Logos 7,000 fusils à tir rapide, dont 800 remingtons.