L. P.
Le curé d'Anchelles, par Georges de Peyrebrune. 1 vol. in-18, 3 fr. 50. (Dentu, édit.).--Qui dira ce que peut contenir d'humain l'amour mystique d'un prêtre pour sa pénitente? Il est pourtant absolument pur et chaste celui du jeune curé d'Anchelles pour la belle Jane Degmont. Ce qu'il a voulu, c'est la ramener dans les voies de Dieu, elle qui se tenait droite et inflexible sous la main bénissante du prêtre. Et il y est parvenu. Pour combien sa jeunesse et sa beauté sont-elles entrées dans cette conversion? c'est ce que la fière convertie ne sait pas elle-même, ne s'avouera jamais. L'amour est aussi chaste chez elle que chez lui. Mais, comme les mauvaises langues ont parlé, l'évêque envoie le jeune prêtre en mission, et la jeune fille accepte la main du capitaine de Noves. Les années s'écoulent. Un enfant est né du mariage de Jane. Il a vingt ans quand la guerre éclate et il part. Le curé d'Anchelles, presque un vieillard maintenant, prend la place de l'aumônier du régiment de Pierre de Noves et se fait tuer, à Coulmiers, en couvrant de son corps le fils de sa sainte amie. On ne lira pas ce livre de passion intense sans une émotion intense aussi. L'âme et le cœur y sont pris, mais non les sens, l'auteur a su rester chaste tout en étant très passionné. Psyché triomphe de l'Amour.
L. P.
Le drame d'Oberammergau, par Mme Léonie de Bazelaine 1 in-12, 3 fr. 50 (Le Thielleux, 10, rue Cassette).--On se souvient que l'année dernière durant quatre mois d'été, de mai à septembre, les habitants d'une petite bourgade perdue dans les montagnes de Bavière, donnèrent au monde un peu surpris le spectacle d'un drame évoqué du moyen-âge, ni plus ni moins qu'un mystère, le drame de la Passion. On s'y rendit de toutes parts, et les étrangers affluèrent dans la montagne. L'un logeait chez Caïphe, et l'autre chez Pilate; tel autre chez Jésus-Christ lui-même. Car les acteurs étaient tous gens du village, ce qui ne les empêcha pas de jouer fort bien leur rôle, ayant, à défaut de science scénique, la conviction et la foi. Maintenant, comment se fait-il que l'on représente, en l'an de peu de grâce 1890, des mystères à Oberammergau? C'est, parait-il, l'accomplissement d'un vœu fait en 1633 (!) par les habitants pour conjurer la peste, et depuis cette époque, tous les dix ans, se joue dans le petit bourg des montagnes le drame de la Passion. Les obstacles ne manquent guère aux représentations; elles attirent plus ou moins de monde, ont plus ou moins de succès. Celles de 1890 ont eu la bonne fortune d'attirer l'attention de la presse. Aussi marqueront-elles dans les annales d'Oberammergau, et c'est une heureuse idée qu'a eue Mme de Bazelaine d'en fixer, dans un petit livre, le souvenir très intéressant.
L'Art gothique, par M. Louis Gonse, 1 vol. gr. in-4° de 488 p. orné de 284 gravures dans le texte et de 28 planches hors texte, eaux-fortes et pl. en couleurs. Prix, rel. artist. 100 fr. (Librairies-Imprimeries réunies).--Et d'abord, qu'est-ce que l'art gothique? Il est clair que les Goths, qui s'éteignent au sixième siècle de notre ère, ne sont pour rien dans l'éclosion d'un art apparu six cents ans plus tard: l'art gothique est l'art qui prit naissance dans l'île de France, autour de Paris, au commencement du douzième siècle, et qui poursuivit son développement jusqu'à la fin du quinzième; l'Art gothique, c'est l'art français. Voilà longtemps que les travaux des Viollet-Le-Duc, des Vitet, des Mérimée, des Quicherat, ont prouvé jusqu'à l'évidence cette vérité que la critique d'Outre-Manche et d'Outre-Rhin ne conteste plus; mais, depuis trop longtemps aussi, ces faits acquis à la gloire de notre pays et que tout Français devrait avoir à cœur de connaître sont demeurés enfermés dans le domaine de la science, et l'on rencontre encore nombre de personnes chez lesquelles ce mot de gothique évoque la poétique fiction des hautes forêts de la Germanie donnant naissance aux nefs élancées de nos cathédrales. Le travail de M. L. Gonse, par l'éclat de sa publication, par la clarté de son exposé et l'attrait de ses gravures, aura pour résultat de faire sortir ces vérités du cercle restreint de l'archéologie pour les répandre dans ce public nombreux d'amateurs et de gens du monde qui se laissent volontiers instruire, pourvu que la science se présente sous des dehors aimables. Si donc ce n'est pas à l'archéologie que le magnifique in-quarto de M. L. Gonse fournit une assise nouvelle, c'est à l'art national, à l'art français, en quoi le mérite n'est pas moindre, car il ne suffit pas de trouver la vérité, il faut la faire connaître, et ce sont les ouvrages de ce genre qui font fonction de la répandre, sinon de la vulgariser.
Dans la Bibliothèque des dames (Librairie des Bibliophiles), les Deux Perles, la charmante nouvelle de Mme Paul Lacroix, qui parut pour la première fois, en 1854, dans le Pays, sous le nom du Bibliophile Jacob. Le Bibliophile n'entendait pas en faire tort longtemps à l'auteur véritable, et c'est avec une préface de Paul Lacroix qu'elle fut éditée par la suite. Une ravissante eau-forte de Lalauze accompagne cette édition.
L'IMPÉRATRICE FRÉDÉRIC
L'impératrice Frédéric, dont le voyage en France excite une certaine émotion, est déjà venue plusieurs fois à Paris, depuis les événements de 1870. Ses visites n'ont jamais eu de but politique. Elle ne venait que pour parcourir les ateliers de nos peintres en renom. On pourrait citer plus d'un qui a reçu une dame, vêtue de noir, parlant le français avec un fort accent anglais, et qui n'a su que plus tard que la visiteuse était l'impératrice Frédéric.
La mère de Guillaume II est, à l'heure qu'il est, âgée de 51 ans; il lui reste de son origine--elle est fille de la reine Victoria--un air très anglais qu'on n'a pas été sans lui reprocher jadis en Allemagne. C'est une femme d'une intelligence absolument supérieure, qui s'occupa beaucoup de politique avant l'avènement de son fils et avant le règne de quelques jours de son mari, mais qui emploie maintenant toute son activité aux arts, qu'elle a toujours beaucoup aimés.