Elle peint avec un talent dépassant de beaucoup celui de peintre amateur et elle a une véritable compréhension pour tout ce qui touche de loin ou de près à l'art. On la dit très ambitieuse, on ferait mieux de dire qu'elle l'a été. Mais la mort de son mari l'empereur Frédéric, qu'elle a soigné pendant une longue maladie avec un extraordinaire et touchant dévouement, lui enlève tout espoir de jouer un rôle dans l'histoire de l'Allemagne.

La princesse Marguerite qui l'accompagne est née en 1872 à Postdam. L'empereur Guillaume II a, pour la plus jeune de ses sœurs, une très grande affection. Elle est simple et sans fierté. On dit que son frère songe à lui faire épouser le czarewitch.

Et quand on verra passer dans nos musées une dame vêtue de noir suivie d'une jeune fille très simple, on ne croira pas que ces deux promeneuses, qui ont pour signe particulier d'être indifférentes et de ressembler à tout le monde, sont l'une veuve et l'autre fille d'empereur.

LE CONTRE-AMIRAL PALLU DE LA BARRIÈRE

Le contre-amiral Pallu de la Barrière, qui vient de mourir à Lorient où il s'était retiré depuis sa mise à la retraite, était un marin de grand mérite et un littérateur distingué. On sait que le cumul n'est point rare dans le corps si remarquable qui est représenté à l'Académie française par l'amiral Jurien de la Gravière.

Né à Saintes en 1828. M. Pallu de la Barrière était enseigne de vaisseau en 1850, lieutenant de vaisseau en 1868. Il était capitaine de frégate au moment de la guerre, il servit à terre avec le grade de général de brigade au titre auxiliaire et commanda la réserve de l'armée de l'Est. Ce n'était point sa première campagne, car on l'avait déjà vu en Crimée, en Chine et en Cochinchine, vaillant et intrépide au feu. Lorsque notre malheureuse armée de l'Est dut, après la marche offensive et victorieuse des ennemis, opérer sa retraite en Suisse, Pallu de la Barrière couvrit les opérations avec le petit corps qu'il commandait et, en se dirigeant vers le Sud, échappa à la nécessité de déposer les armes. Le combat de la Cluse, qui restera comme un de ses titres de gloire, fut une sanglante rencontre d'infanterie qui coûta aux deux partis la vie d'une quarantaine d'officiers et d'un millier d'hommes.

A la paix, le général de brigade Pallu de la Barrière redevint capitaine de frégate: il fut nommé capitaine de vaisseau en 1873. Sept ans après, il était élevé à la dignité de commandeur de la Légion d'honneur, et cette étape si honorable l'aida à attendre, le grade de contre-amiral qui lui lut décerne en 1887, peu avant sa retraite; entre temps, en 1883, il avait été envoyé en Nouvelle-Calédonie comme gouverneur.

Le contre-amiral Pallu de la Barrière a publié sous le pseudonyme de Constantin d'intéressantes études de la vie maritime ou des récits des expéditions auxquelles il a pris part; citons: Six mois à Eupatoria (1857); les Gens de mer (1860); Relations de l'expédition de Chine en 1860 et de l'Expédition de Cochinchine en 1861. Il a collaboré à la Revue des Deux-Mondes.

Dans ses dernières années, le contre-amiral souffrait d'une maladie de cœur, sa santé était délicate: en Cochinchine, il avait été assez gravement blessé de deux coups de lance à l'attaque de Ki-Kioa à la suite de laquelle Saigon fut bloqué en 1861. C'est à cette occasion qu'il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur.

LA DISPARITION DU «MIDJET»