A dix heures la cérémonie commence, le public se place dans la salle et les deux bonzes font leur entrée.
A première vue, il est difficile de les reconnaître pour des Japonais, ils n'en ont pas le type et ressemblent bien plutôt à des Annamites ou à des métis chinois.
Ce ne sont à coup sûr ni des Japonais du Nord ou de castes, reconnaissables à leur profil fin, à leur nez long et busqué, à leurs cheveux très noirs et très épais, à la teinte enfin jaune olive de leur peau, ni des Japonais du Sud, au type malais si accusé.
Pour la circonstance, ils ont revêtu le costume des bonzes: Kimono de dessous en étoffe blanche et, par-dessus, le Kesa à capuchon, jeté sur l'épaule gauche; à leur poignet pend le chapelet à grains continus. Ils ont, suivant l'usage, laissé leurs Ghetas, souliers de bois de pauwlonia, à la porte, et marchent avec les tabis ou chaussettes en étoffe blanche à gros orteil libre.
La cérémonie va se composer de la façon suivante:
Psalmodie du Hau-on-Kan ou action de grâces à Sin-Ran; puis, lecture chantée du Sukhavati-Vyuha-Sütra, un des interminables poèmes hiératiques sanscrits; enfin lecture de deux éloges au fondateur de la secte, déclamés devant son image, et composés et écrits en japonais par les deux officiants, le tout entremêlé et interrompu par des coups frappés sur les gongs pour attirer l'attention des esprits et des dieux.
Elle débute par une sorte d'introïbo et par l'offrande de l'encens faite à tour de rôle par chacun des bonzes (c'est ce moment que représente notre dessin), pendant que l'autre psalmodie les stances à Amida et jette par terre des fleurs représentées par des papiers dorés, puis se poursuit monotone au son des hymnes alternés.
«LILIANE»
Comédie en trois actes, par MM. Champsaur et Lacour.
Le banquier Giraud a entre les mains les intérêts en France de deux Américaines: mistress Flovers et sa nièce Liliane. Il a acheté pour leur compte un hôtel à Paris, un palais. Mais qu'importent les folies d'argent? Liliane a du chef de son père une cinquantaine de millions trouvés dans des mines. Giraud a songé à trouver un mari à la jeune Américaine, et il a fait là une nouvelle affaire plus lucrative encore que la première, sur laquelle il a touché une remise. Deux preneurs se sont présent s, deux prétendants: Robert de Saulieu, un homme du monde décoré, et Henri Rozal, un ambitieux, candidat échoué aux dernières élections, et pour le quart d'heure secrétaire d'un député. Ces honnêtes gens, au cas ou Liliane voudrait bien d'eux, ont accepté les conditions suivantes: dix pour cent à donner au courtier Giraud sur la somme totale de la dot, quelques centaines de mille francs à droite et à gauche pour quelques agents subalternes qui se sont mêlés de l'affaire. Les clauses de la vente posées, pour mettre fin à la rivalité de M. Rozal et M. de Saulieu, on tire l'héritière au sort. Les deux noms de ces messieurs sont mis dans l'urne: celui qui sortira sera véritablement désigné par le sort pour faire le bonheur de Liliane, l'autre se retirera en galant homme. La chance favorise Henri Rozal qui s'aperçoit alors de l'infamie d'une telle action, car il aime passionnément Liliane, qui l'aime ardemment, et, avec le concours d'une jeune Américaine, lui demande de l'épouser.