Comme il se dirigeait vers la salle à manger qui faisait suite au hall, sa femme le retint.

--Crois-tu que nous avons pu laisser la table servie? dit-elle; ton dîner est dans la cuisine.

--Au chaud, dit Anie.

--Je vais m'habiller, dit Mme Barincq qui était en robe de chambre, je n'ai que le temps avant l'arrivée de nos invités.

Il passa dans la cuisine qui était un simple appentis en planche avec un toit de carton bitumé, appliqué contre la maison, lors de la création du hall, et, comme personne ne devait jamais pénétrer dans cette pièce, l'ameublement en était tout à fait primitif: une petite table, une chaise, un fourneau économique en tôle monté sur trois pieds, dont le tuyau sortait par un trou de la toiture, c'était tout.

--Veux-tu prendre ton assiette dans le fourneau, dit Anie, je ne peux pas entrer.

--Pourquoi donc?

Il se retourna vers elle, car, bien qu'en arrivant il l'eût embrassée d'un tendre regard en même temps que des lèvres, il n'avait vu d'elle que les yeux et le visage, sans remarquer la façon dont elle était habillée; son examen répondit à la question qu'il venait de lui adresser.

Sa robe rose était en papier à fleurs plissé, qu'une ceinture en moire maïs serrait à la taille, et avec une pareille toilette elle ne pouvait évidemment pas entrer dans l'étroite cuisine ou elle n'aurait pas pu se retourner, sans craindre de s'allumer au fourneau.

Ce fut cette pensée qui instantanément frappa l'esprit du père: