Picador! Thermidor! Cela rime, ou à peu près. Pas assez pour M. Jean Moréas. Je ne sais si l'on rendra Thermidor à M. Sardou: il est certain que la pièce sera représentée un jour.
Ne voyons-nous point Lohengrin faire triomphalement son tour de France?
Lohengrin devient même une sorte de scie dont nous entretiennent un peu beaucoup les dépêches des départements.
Pas de théâtre d'opéra en province sans Lohengrin. On répète Lohengrin, on étudie Lohengrin. C'est une fièvre. Le Lohengrinisme est aussi répandu que l'influenza. Je ne compare pas, je constate. Et c'est ce même Lohengrin que quarante marmitons ont empêché Paris d'entendre! La tyrannie d'en bas est la plus stupide de toutes, et je ne sais rien de plus niais et de plus révoltant que le despotisme des sots.
A l'Elysée, nous avons eu, la semaine passée, un grand bal. Il y faisait très chaud.
Et pendant qu'on dansait dans la salle de bal ou qu'on se promenait--en bloc--dans la galerie tapissée de Gobelins, on discutait, dans les coins, la modifications du cahier des charges de l'Opéra et les titres des candidats à la direction de notre Académie de musique. J'ai appris la que M. Massenet et M. Richepin, dans le Mage, feront chanter des choristes qui tournent le dos au public.
Les choristes se rebellaient au premier moment. On n'a jamais chanté un chœur de dos. Ils se sont pourtant résignés. L'un d'eux disait à M. Gailhard:
--Mais c'est l'invasion d'Antoine dans le temple! C'est l'Opéra-Libre!
Celui-là, vieux classique des chœurs, a offert sa démission. On ne l'a pas acceptée.
Mais le Théâtre-Libre est déjà dépassé. M. Mallarmé et ses amis vont ouvrir le Théâtre Symboliste. Cela à la fin du mois. Il y aura bientôt tant de théâtres que j'ignore où l'on trouvera assez de public. Pourvu que M. Guimet n'aille pas ouvrir le Théâtre Bouddhiste!