Rastignac.

PHOTOGRAPHIE DES COULEURS

Beaucoup de chercheurs se sont occupés de fixer les couleurs au moyen de la photographie, presque tous ont abordé le problème au point de vue chimique.

Ainsi, en 1810, Lubeck avait constaté que le chlorure d'argent préparé d'une certaine façon (c'était un mélange de chlorure et de sous-chlorure d'argent), exposé à l'influence des rayons diversement colorés, avait tendance à prendre une coloration approchant de celle des rayons incidents.

En 1841, Herschell étudia de nouveau les propriétés du chlorure d'argent et n'obtint aucun résultat appréciable.

En 1848, M. Ed. Becquerel reprit les études de ses prédécesseurs et arriva à la reproduction colorée directe du spectre solaire. Il se servait à cet effet d'une préparation sensible de sous-chlorure d'argent violet, étendue sur des lames d'argent poli. Les résultats obtenus représentaient assez exactement les couleurs de l'original, mais beaucoup plus faibles. Ces images avaient le défaut d'être altérées à la longue par la lumière du jour, même diffuse.

En 1865, Poitevin obtint sur un papier recouvert de sous-chlorure d'argent des images colorées. Mais, comme dans les expériences de M. Edm. Becquerel, elles s'effaçaient à la longue à l'exposition de la lumière blanche.

Depuis, les essais ont été nombreux, mais toujours sans résultats satisfaisants, et la reproduction photographique des couleurs n'avait pas fait un pas, lorsque tout récemment M. Gabriel Lippmann, membre de l'Institut, a présenté, dans la séance du 2 février de l'Académie des sciences, plusieurs épreuves colorées du spectre solaire obtenues directement avec la valeur propre et l'éclat de chaque bande. Ces épreuves sont ineffaçables pour les raisons que nous exposerons plus loin.

M. Lippmann, pour arriver à ce merveilleux résultat, s'est appuyé sur des procédés entièrement physiques et en se servant de considérations théoriques très ingénieuses et complètement en dehors des travaux que nous citions plus haut.

Nous croyons utile, avant d'entrer dans la description du procédé de M. Lippmann, de définir très succinctement et très sommairement certains principes de physique qui ont conduit ce savant à cette mémorable découverte.