Fig. 2.--Coupe du châssis creux pour démontrer l'action de la lumière dans l'épaisseur de la couche sensible. --P P support verre de la couche sensible.--S S couche sensible considérablement amplifiée.--C bande de caoutchouc. --V V fond de la cuve.--R R1, direction du rayon lumineux venant de l'objectif.--I I1 I2 points de concordance maxima. --R1 R2 R3 R4 points de discordance ou minima.--m m molécules de bromure d'argent.--L L lignes des maxima.--B B lignes des minima.
On forme une sorte de châssis creux ou cuve (fig. 2) avec deux plaques de verre dont les côtés sont garnis de bandes de caoutchouc, le tout est consolidé avec des pinces. Dans l'intervalle laissé libre, on verse du mercure, l'une des plaques porte une couche sensibilisée à l'argent tournée intérieurement, par conséquent, en contact avec le mercure. On dispose ce système derrière un objectif à la place du verre dépoli (fig. 3), de façon à ce que les rayons lumineux qui émanent de l'objet traversent le support de la couche sensible, la couche sensible elle-même, et arrivent en contact avec la surface du mercure, qui forme miroir réfléchissant.
Fig. 3.--Ensemble de l'appareil pour la photographie des couleurs. --C cuve à faces parallèles contenant les dissolutions d'hélianthine ou de bichromate de potasse.--D chambre noire.--O objectif.--B support de la cuve à mercure.--P plaque sensible.--C C bandes de caoutchouc.--V fond de la cuve. --M mercure.--S S pinces.--T table.
Examinons maintenant ce qui se passe pendant l'exposition. Soit R (fig. 2), un rayon venant de l'objectif, et traversant la couche sensible. Ce rayon aboutit en R1, à la surface du mercure; à ce point, il est réfléchi et revient sur lui-même dans la direction R1 R, il se produit alors le phénomène expliqué plus haut, c'est-à-dire qu'il y a interférence entre le rayon incident et le rayon réfléchi, et dans l'épaisseur de la couche sensible il se forme une série de franges d'interférence qui produisent des maxima de lumière aux points 1,11, I2, endroits où il y a concordance de vibrations, et des minima obscurs aux points R1, R2 R3, R4 où il y a discordance de vibrations.
La surface sensible est donc impressionnée dans son épaisseur seulement, aux points maxima, et se trouve subdivisée, après que les opérations photographiques ordinaires du développement sont terminées, par une série de couches ou lames transparentes d'argent réduit, séparées par l'intervalle même qui séparait deux maxima, c'est-à-dire égal à une demi-longueur d'onde. Ces tranches ont justement l'épaisseur nécessaire pour produire par réflexion la couleur incidente qui leur a donné naissance en vertu du phénomène des lames minces qui donne les couleurs des bulles de savon. Et comme, ici, les couches réfléchies superposées sont très nombreuses, l'éclat de l'épreuve peut être très grand. Sa durée est illimitée, puisque les couleurs sont formées physiquement par réflexion.
En effet, soient (fig. 4) M M une lame mince d'argent réduit ayant comme épaisseur une demi-longueur d'onde de la couleur agissante, le rouge par exemple, et S A un rayon de lumière blanche frappant presque normalement la surface de la lame.
Voici ce qui se produira:
Une partie du rayon S A se réfléchit en A, suivant A R, et l'autre pénètre en C où il est réfléchi de nouveau en A' en donnant le rayon A' R' parallèle à A R. Ces deux rayons, A R et A' R', interféreront entre eux, et comme le rayon réfléchi A' R' aura parcouru un chemin plus long A' C' A' que le rayon A R, égal à une longueur d'onde du rouge, les mouvements vibratoires des deux rayons ne seront plus en concordance, sauf pour ceux du rouge qui domineront à l'exclusion des autres.