Un correspondant aimable m'envoie de Versailles des notes utiles sur le R. P. Ollivier qui prêche là-bas dans la vieille église bâtie par Mansard. Le P. Ollivier est un moine robuste, carré d'épaules, dont la figure pleine et massive respire la force. On sait que la parole familière et mordante de ce sermonnaire plantureux effarouche et va même jusqu'à scandaliser de bonnes âmes qui ont les oreilles timides. Les expressions énergiques ne l'épouvantent pas. C'est ainsi qu'il appellera le «dévotisme» une «hystérie religieuse». Il ne craint pas de s'attaquer aux ultra-catholiques, plus intolérants et plus vétilleux que l'Église elle-même, et il s'écrie: «J'irai au but, comme un boulet de canon. Rien ne m'arrêtera dans ce que je crois être ma tâche. Tant pis pour ceux que j'atteins en passant!» J'imagine que cette éloquence en boulet de canon ferait plus plaisir à sainte Barbe qu'à saint Jean Chrysostome; mais il paraît que, lorsqu'il le veut, cet orateur foudroyant et tonitruant est le plus tendre, le plus suave et le plus évangélique des missionnaires.

*
* *

LE R. P. OLLIVIER

Vous avez certainement entendu parler des sermons contradictoires de Saint-Pierre de Montrouge qui sont un des attraits, et parfois, par la faute de l'auditoire, mais aussi de l'institution, un des scandales de la prédication, durant ce carême. Vous savez que pendant qu'il y a en chaire un prédicateur, en bas, au banc-d'œuvre, devant la chaire, un contradicteur, bienveillant du reste, un prêtre également, se lève pour répliquer, et développe, ou plutôt présente de brèves objections. Vous avouerai-je que cette coutume nouvelle qui me fait penser malgré moi aux réunions publiques n'a pas le don de me plaire, et que je la trouve déplacée et dangereuse: déplacée, parce qu'elle dénature l'église où elle se produit et la transforme en une salle quelconque de discussion; dangereuse, parce qu'elle trouble le lieu saint, et, par conséquent, le compromet, en paraissant offrir à des malveillants ou à des mal appris une occasion plus ou moins justifiée de faire du tapage!

J'ai essayé, dans ces lignes rapides, de donner une idée sommaire, et à peu près juste, comme toutes les idées sommaires, du présent Carême. Je voudrais n'avoir irrité ni attristé personne, respecté toutes les opinions, ménagé même, ce qui est encore plus délicat, tous les amours-propres. Un prêtre ne pouvait se charger de cette besogne, et un laïque est toujours incompétent. Ceux dont la foi aurait été par hasard blessée excuseront notre bonne foi--et prieront pour nous. Henri Chantavoine.

LA MI-CARÊME AU LAVOIR

Les derniers coups de battoir.

Depuis qu'est défunt le pauvre carnaval, la journée qui n'en était que l'ombre a pris les proportions d'un événement. A nous les grelots de la folie, pour la mi-carême! Et les voix qui poussent cet appel joyeux sont de rudes voix, et les gars qui veulent «s'en fourrer jusque-là» des joies bruyantes, sont de rudes gars, et leurs compagnes de plaisir ne sont pas des poules mouillées. Tout les lavoirs sont en l'air, garçons et blanchisseuses ont résolu de se divertir; ils y vont avec le même entrain qu'à leur ouvrage.