La semaine parlementaire.--Le jeu aux courses.--La Chambre a eu à délibérer cette semaine sur une question qui passionne--et qui passionnera longtemps encore, croyons-nous--la population parisienne principalement, et presque autant les populations des départements. Il s'agit du jeu aux courses. On sait l'origine du débat:
A la suite de la circulaire de M. Goblet, interdisant le pari à la cote, l'administration a autorisé les organisateurs de courses à laisser s'établir sur leurs hippodromes un genre de pari, dit le pari mutuel, à cette condition qu'un prélèvement de 2% serait opéré sur les recettes, au profit d'œuvres de bienfaisance. On croyait à cette époque que ce prélèvement donnerait des ressources assez considérables, mais non au point qu'elles deviendraient un embarras pour le ministre qui aurait la responsabilité d'en effectuer la répartition. Or, il se trouve que les recettes provenant de cette source ont pris des proportions telles, qu'elles constituent un véritable budget nouveau. M. Constans n'a pas voulu rester seul chargé de l'administrer, et il a demandé à la Chambre d'examiner la question, de la régler par une loi spéciale et de confier à une commission le soin de contrôler l'application de cette loi.
Mais il y avait là un danger. En fait, en entrant dans cette voie, la Chambre reconnaissait implicitement la légalité du jeu, puisqu'elle consacrait, par une disposition votée dans les formes parlementaires, une recette provenant du jeu. Aussi s'est-il trouvé, aussi bien dans la majorité républicaine que sur les bancs de la droite, un grand nombre de députés qui ont vivement protesté: M. de Lamarzelle, M. Ernest Roche, M. Michou, notamment, ont parlé dans les termes les plus vigoureux contre le projet soumis au parlement.
M. Constans est alors monté à la tribune, non pour justifier la loi, mais pour bien préciser la portée qu'aurait le vote de la Chambre, si cette loi était rejetée. Il a dit que sur la question de principe il ne peut pas exister de doute, la loi elle-même déterminant l'opinion que le gouvernement doit avoir sur le jeu. Mais, a ajouté le ministre, toute la question se résume à ceci, que le pari mutuel existe et que, s'il est maintenu, il faut le régulariser. Si la Chambre ne le maintient pas, le gouvernement prendra toutes les mesures nécessaires pour faire cesser le jeu. En d'autres termes, il n'y aura plus ni pari mutuel ni bookmakers sur le champ de courses.
La majorité n'a pas reculé devant cette déclaration catégorique, et, par 338 voix contre 149, elle a décidé qu'elle ne passerait pas à la discussion des articles.
Mais on trouve encore une fois ici la preuve que, dans bien des cas, les mœurs sont plus fortes que les lois. Ceux-là mêmes qui, un instant auparavant, n'avaient pas voulu violer par leur vote un des principes essentiels de notre législation, l'interdiction du jeu sous toutes ses formes, ont fait auprès du ministre les instances les plus pressantes pour que le statu quo fut maintenu, c'est-à-dire pour qu'il considérât leur vote comme nul et non avenu.
C'est qu'en effet le vice du jeu, et particulièrement celui qui s'exerce aux courses, est malheureusement enraciné au cœur de nos populations, en sorte que l'application rigoureuse de la loi causerait un mécontentement général dans toutes les classes de la société. Si là était toute la difficulté, on pourrait engager le gouvernement à braver des colères momentanées dans un grand intérêt de moralité publique, mais les partisans du jeu aux courses font valoir d'autres arguments d'une réelle valeur. Ils soutiennent, ce qui est vrai, que la suppression des paris équivaut à la suppression des courses, au grand détriment de notre élevage national et de toutes les industries qui s'y rattachent, lesquelles ont droit à la sollicitude des pouvoirs publics.
L'administration s'est donc mise, en cette circonstance, dans un cas embarrassant; mais on peut donner raison, avec peu de chances de se tromper, à ceux qui ont prévu dès le lendemain du vote que, en dépit de la loi et de toute réglementation, le jeu subsistera sous une forme ou sous une autre.
--Au Sénat, l'interpellation de M. Dide sur la situation de l'Algérie a donné lieu à un très important débat. Il résulte de l'ensemble des discours prononcés que les Arabes, loin d'être assimilés à notre race, sont tout au plus soumis. Tous ceux qui ont visité notre magnifique possession de l'Afrique du Nord en rapportent en effet cette impression. Il y a là encore beaucoup à faire, et la commission réclamée par la Chambre haute pour étudier toutes les questions qui se rattachent à la mise en valeur de notre belle colonie a une lourde tâche à remplir.