--Pourquoi? Pour les bals travestis? Pour jouer dans quelque comédie?
--Non. L'élève dont je vous parle, et qui est fort belle avec une bien jolie jambe, me dit qu'elle veut faire une surprise à ses invités quand elle donnera une soirée.
Ainsi voilà la mode. On prenait autrefois, sous l'empire, des leçons de Thérésa pour chanter: Rien n'est sacré pour un sapeur. On prend aujourd'hui des leçons de Grille-d'Égout, quand on est Réjane, pour jouer Ma cousine, et de Nini Patte-en-l'Air, quand on est charmante, pour donner du piquant et du piment aux quadrilles de ses soirées.
Elle cause de tout cela en philosophe, Nini Patte-en-l'Air. On croirait entendre une de ces curieuses flegmatiques dont parle M. Arsène Houssaye en ses Confessions. Le côté social de son rôle lui échappe, mais quand il s'agit de la danse son œil s'allume.
--Je n'ai jamais eu de professeur, j'avais cela dans le sang. Quand je danse, quand on fait cercle autour de moi, quand je tourne le bout du pied à la hauteur du front, je suis heureuse, rien ne vaut ça et l'on me donnerait des millions pour renoncer à la danse que je renverrais les millions et que je continuerais à danser!
Peut-être y a-t-il quelque exagération dans ce mépris des richesses, à la Sénèque. Et je ne veux pas insister sur la fièvre et la joie que donne la danse de Nini Patte-en-l'Air: nos mondaines se précipiteraient avec trop de facilité sur les traces de Mlle Chahut ou de Mlle Brin d'Amour.
On les aura vues, sans nul doute, ces danseuses, sur quelque char-réclame de la Mi-Carême, car les mascarades de la Mi-Carême sont les seules traces du carnaval parisien. Pourquoi Mi-Carême? C'est Mi-Carnaval qu'il faut dire. Ce jour-là, les vendeurs de dentifrices, de corsets hygiéniques ou de biberons perfectionnés, joignent leurs voitures ornées de pancartes aux chars de blanchisseuses promenant les reines de lavoirs. Il y a comme un ressouvenir de la promenade légendaire du géant Gayant à travers les villes flamandes dans cette exhibition de figures énormes montrant leurs dents pour célébrer le kalodant ou leurs mains pour pousser à la consommation du savon Congolais. Le géant Gagnant et son fils Ch'tiot Binbin ont amusé notre enfance. Sa réclame commerciale appliquées la mascarade divertit notre âge mûr, et il ne me déplaît pas de voir des oripeaux sur le boulevard. Cela rompt la monotonie des paysages parisiens.
Le Moyen-Age américanisé, voilà ce qu'est la promenade des géants-réclames. Le champ clos du temps passé remis à la mode, voilà ce qu'eût été la rencontre de deux maîtres d'armes célèbres. M. Mérignac et M. Vigeant. On n'a parlé pendant une semaine dans les salles d'armes, et aussi dans les salons, que de cette affaire qui a été arrangée, du reste, et c'était le mieux.
Mais quel bruit elle a fait!
--Ne pourrait-on pas avoir un service comme pour une première? demandait l'autre matin Mme de B...