--Si j'étais directeur de l'Opéra-Comique, disait un jeune symboliste, je ne jouerais que du Wagner, et j'ouvrirais par Lohengrin!

--Moi, répondit un candidat très parisien--trop parisien--je commanderais un poème à Xandrof et je ferais chanter Kam-Hill, chanteur fin de siècle, en habit rouge!

--Allons donc! fit B... Vous savez le mot de Fortunio?

--Non.

--«Kam-Hill, c'est le Maubant de la chansonnette!»
RASTIGNAC

LA VIE A ROME

LA BOURGEOISIE

Quand un Anglais voit deux Parisiens pérorer et gesticuler au milieu de la rue, ils lui font le même effet de polichinelles qu'à ces Parisiens deux Napolitains pétulants et bavards. De même nous semblons aussi nonchalants et flâneurs à nos voisins britanniques--lesquels d'ailleurs sont jugés pareillement par leurs cousins yankees--que les Italiens le paraissent à nos yeux. Un habitant de l'île de Laputa qui considérerait la terre à vol d'oiseau prendrait New-York pour une maison de fous furieux, dont Londres serait la section des agités moins dangereux, tandis que Paris lui représenterait une agglomération de gens simplement surexcités, et Rome le calme séjour des tempéraments sains et tranquilles.

C'est surtout sur les classes bourgeoises que porte cette observation, car, je l'ai remarqué ici même, le monde, au sens social du mot, est à peu près semblable partout, exception faite pour l'Amérique toutefois, par le motif qu'il n'y existe pas.

Je n'apprendrai à personne que le dolce farniente est un produit ultramontain. Non pas que l'activité intellectuelle ne soit considérable en Italie, la splendeur matérielle et morale du berceau de la civilisation occidentale est là pour le prouver; mais elle s'épanche toute en paroles. Un Italien, en compagnie de qui je visitais ces curieuses petites villes de l'Ombrie et de la Toscane, si surabondamment pourvues de chefs-d'œuvre en tout genre, et devant qui je m'étonnais qu'avec tant et de si beaux modèles sous les yeux l'art moderne de son pays produise... ce qu'il produit, me répondit avec beaucoup de raison: