O sort divin de celui qui sans trêve, sans trêve

Contre Ahriman aura nourri le feu,

Il va, joyeux, au ciel conquis, vivre son rêve,

Vêtu de gloire et d'or comme son Dieu!

La semaine parlementaire.--La Chambre a voté la semaine dernière la proposition de M. Méline tendant à venir en aide aux agriculteurs dont les récoltes ont été perdues par suite de la persistance de la gelée. Cette proposition, on se le rappelle, avait rencontré une assez vive opposition, un grand nombre de députés estimant qu'elle était à la fois inefficace et contraire aux principes sur lesquels repose notre organisation sociale. Mais ceux-là mêmes qui l'avaient combattue à ce double point de vue pensaient qu'il y avait des mesures à prendre en faveur de l'agriculture, et M. Rivet s'est fait leur interprète en déposant à son tour un projet de loi ayant pour but «l'organisation d'une caisse nationale d'assurance agricole, laquelle serait alimentée par les ressources des communes.» M. Rivet demandait l'urgence; mais elle a été repoussée conformément à la déclaration du ministre des Finances. M. Rouvier estimait en effet qu'on ne pouvait discuter au pied levé une question aussi grave, puisque la proposition aurait pour effet d'engager le principe de l'assurance obligatoire qui n'existe pas dans notre législation. Cependant le sujet vaut d'être étudié et il est probable que l'auteur de la proposition fera en sorte que le rejet de l'urgence ne constitue pas un ajournement indéfini de la discussion.

--La Chambre n'a pas voulu laisser au Sénat le monopole de l'étude des questions qui se rattachent à la situation de l'Algérie. Deux propositions intéressant notre grande colonie ont été déposées par M. Martineau: la première concerne le service militaire des indigènes musulmans; la seconde, leur naturalisation progressive. Ces deux propositions ont été renvoyées à une commission spéciale de onze membres.

--Le projet de loi portant modification du régime fiscal en matière de successions et de donations entre vifs est venu en première délibération. Il s'agit de savoir si les droits du fisc continueront à porter sur l'ensemble de la succession, comme le veut la législation actuelle, ou seulement sur le montant de la succession diminuée du passif, ce qui semble plus équitable. Un long débat juridique s'est engagé à ce sujet entre MM. Dumas, Raiberti, Borie et le rapporteur, M. Jamais; après quoi la Chambre a décidé de passer à une deuxième délibération dans laquelle seront discutés les divers amendements présentés.

--La Chambre a voté une résolution en vertu de laquelle tous les vins de fabrication ou plâtrés devront porter une étiquette apparente indiquant leur nature, de façon à prévenir le public.

--Quand la Chambre veut se débarrasser d'une interpellation inopportune ou gênante, elle profite de la latitude que lui laisse le règlement, et elle la renvoie à un mois. Un mois, c'est l'éternité quand il s'agit d'un débat que l'interpellateur a voulu provoquer le plus souvent sur un fait dont l'actualité constitue le principal intérêt. C'est ce qui était arrivé pour l'interpellation déposée par M. Francis Laur, au lendemain de la faillite Macé-Berneau, dans le but de demander au ministre de la justice «les mesures qu'il comptait prendre pour empêcher les escroqueries publiques par prospectus promettant un revenu invraisemblable et garantissant le capital.» Le mois s'est écoulé et, par exception, le temps n'a pas amorti l'intérêt du sujet, car M. Francis Laur a très habilement profité de la crise qui vient de frapper le marché financier, en rattachant à son interpellation l'affaire de la Société des dépôts et comptes courants.