Le ministre de la justice aurait pu séparer les deux causes, qui n'ont aucun rapport entre elles, mais il a tenu à s'expliquer sur l'une et sur l'autre. En ce qui concerne l'affaire Macé, il a fait remarquer que pas une des victimes du banquier en fuite n'a porté plainte, preuve évidente que ses nombreux clients avaient accepté d'avance le caractère aléatoire de ses opérations. Au sujet de la Société des Dépôts, M. Fallières s'est appliqué d'abord à justifier l'intervention de l'État et des banques de crédit; mais le point intéressant de son discours est celui relatif aux mesures préparées par le gouvernement pour prévenir autant que possible de pareilles catastrophes. Le ministre a annoncé en effet un projet de loi destiné à sauvegarder les intérêts des déposants.

Aux termes de cette loi les Sociétés de crédit ne pourront employer les dépôts qu'en papier commercial revêtu de deux signatures, ou en avances sur titres, compris parmi ceux que la Banque de France admet elle-même au bénéfice de ses avances.

Sur ces déclarations, l'ordre du jour pur et simple a été voté par assis et levé.

Elections sénatoriales.--Les trois élections sénatoriales qui ont eu lieu dimanche dernier ont donné les résultats suivants:

Calvados: M. Turgis, conseiller général, républicain, élu par 788 voix contre 370 à M. Thomine-Desmazures, maire de Mouen, monarchiste.

Eure: M. le docteur Guindey, conseiller général, républicain, élu par 558 voix, contre 497, à M. Pouyer-Quertier.

Seine-et-Marne: M. Benoist, républicain, élu par 513 voix, contre 408, à M. Chazal.

Les catholiques, les monarchistes et la république.--L'opinion publique suit avec une attention justifiée l'évolution qui se produit depuis quelque temps dans une partie du monde catholique français et qui a eu pour point de départ le fameux discours prononcé par Mgr Lavigerie, à Alger. On se rappelle qu'à cette époque, si le langage du cardinal n'a pas reçu la confirmation officielle du Saint-Père, de nombreux indices permettaient aux partisans de l'évolution de croire que Léon XIII ne la désapprouvait pas.

Depuis, M. d'Haussonville a tracé de son côté le programme des monarchistes intransigeants, en laissant entendre clairement qu'il existait une puissante fraction du parti royaliste parfaitement décidée à n'accepter aucun compromis. Or, on a fort remarqué qu'un journal, qui passe pour un organe officieux du Vatican, le Moniteur de Rome, a vivement protesté contre les doctrines de l'orateur et lui a reproché notamment «d'avoir fait le procès de la politique de l'épiscopat, qui veut le salut de la France et la fin des regrettables malentendus.

Faut-il voir dans les déclarations que vient de faire le cardinal Richard, archevêque de Paris, la confirmation de celles qu'a publiées le Moniteur de Rome? Ce serait aller un peu loin, car l'archevêque de Paris se tient dans la réserve que lui commande sa haute situation dans l'épiscopat. Toutefois, en raison même de cette réserve, son langage a une importance toute particulière.