On se racontait ces souvenirs d'un autre temps lundi dernier à l'Opéra, tout en causant de Varedha, prêtresse de la Djaki, et d'Anahita, reine du Touran. Cette première représentation du Mage n'était en réalité que la seconde, et tout le monde officiel avait assisté le samedi à la répétition générale. Ce sont les répétitions décidément qui deviennent les premières. M. le préfet de police le sait si bien, qu'il donnait une soirée le lundi, pendant que le rideau se levait sur cet opéra touranien--et très parisien de par ses auteurs, le musicien et le poète.
N'y a-t-il pas une romance qui commence par quelque chose comme:
O beau pays de la Touraine...
Si je ne me trompe, c'est même dans les Huguenots qu'on la chante. Eh bien, avec le Mage il ne s'agit plus de la Touraine, mais des Touraniens, et on nous restitue à l'Opéra le refrain d'une chanson touranienne qui date de deux mille cinq cents ans avant l'ère chrétienne. Elle est d'ailleurs tout à fait préhistorique, cette chanson-là. Le refrain, imprimé dans la brochure, est:
Là, leïà, leïà, leïà, à, à!
Relisez bien: c'est du touranien. M. Richepin, qui est un bon Touranien et un bon poète, a, pour nous, évoqué ce refrain que je conserve comme un bibelot antique et précieux.
Là, leïà, leïà, leïà, à, à!
En touranien, cela correspond-il à Au clair de la lune ou à la Marseillaise? Je n'en sais rien, n'étant pas très versé dans les secrets de la Bactriane.
Mme Dieulafoy nous le dirait peut-être.
Là, leïà, leïà, leïà...