Il y a d'autre vers, heureusement, dans le Mage, et des vers français, d'une belle venue, d'un beau souffle. Il n'eut plus manqué qu'après les vers décadents, les vers symbolistes, les vers déliquescents, nous fussions menacés de vers touraniens.
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Ce jour même où le touranisme pénétrait à l'Opéra, les poètes avaient suivi le convoi d'un des leurs, un maître, M. de Banville, qui méritait bien un peu de soleil autour de son cercueil, lui si épris de lumière et de joie. Hélas! il est parti par un jour humide et triste, cruel aux nerveux et aux rhumatisants, un lugubre temps de carême.
Mais les amis du mort ont réparé l'injustice du temps.
Si jamais poète fut enseveli sous des roses, c'est Théodore de Banville. Les fleurs qu'on a répandues sur son cercueil n'étaient pas des fleurs de rhétorique. On l'aimait beaucoup, on l'a pleuré vraiment. Des poètes ont tenu les cordons du poêle, et ils ont ajouté des sonnets aux chants de la maîtrise de Saint-Sulpice.
--Fleurs sur fleur, flowers upon flowers, comme dit le Laërte d'Hamlet.
Théodore de Banville était devenu pour les jeunes poètes de ce temps le père, depuis la disparition de Victor Hugo. On l'eût profondément outragé, si on l'eût comparé au maître.
--Il y a tout dans Victor Hugo, disait-il, et je lis tous les matins deux ou trois pages de ce grand homme, en l'admirant chaque jour davantage.
Il n'eût pas admis le moindre point de comparaison. Mais, si la paternité poétique de Victor Hugo, si je puis dire, était faite d'autorité et de grandeur, celle de Banville était faite de tendresse. Il régnait et rayonnait par une grande bonté. Oh! une bonté qui n'allait pas sans quelque dédain et ne se faisait point parfois faute de railler. Mais une bonté vraiment bonne, souriante, avec une philosophie résignée.
A soixante-huit ans, Théodore de Banville est mort jeune. Il écrivait et chantait encore la veille de sa mort. Sa santé, chancelante autrefois, si chancelante qu'on l'avait cru perdu un moment, il y a des années, s'était raffermie, et on pouvait espérer que ce jeune vieillard, si je puis dire, deviendrait un aïeul.