Ad. Ad.

THÉODORE DE BANVILLE

C'était une physionomie attachante et curieuse que celle du maître et du poète Théodore de Banville. Il avait l'aspect doux, placide, inoffensif, d'un bon bourgeois de Paris, et son bon regard apaise ne trahissait plus les colères truculentes du «romantique» ardent, novateur, révolutionnaire, qui avait suivi vers la vingtième année la bannière de Victor Hugo. Il était né en 1823; il avait lu dans son adolescence les premiers chefs-d'œuvres des nouveaux poètes, il en avait savouré le suc, et, comme la muse l'avait doué, lui aussi, ce n'est pas une simple adhésion qu'il apporta à la nouvelle pléiade; ce furent des œuvres: les Stalactites d'abord, puis les Cariatides, recueils de poésies charmantes où les rythmes retrouvés ou inventés étaient comme parfumés d'un arôme attique.

Dès lors, il était enrôlé et proclamé poète romantique: l'inspiration divine lui donnait ses lettres de grande naturalisation. Attiré vers le théâtre, il chercha la langue comico-lyrique et la trouva. Ses premières comédies: le Feuilleton d'Aristophane (1852), le Beau Léandre (1856), comme plus tard Diane au bois (1861), et récemment encore Socrate et sa femme, le Baiser, révélaient une virtuosité surprenante, et les ressources les plus rares du verbe et de la forme. Un volume de poésies, les Odes funambulesques (1857) avait, du reste, consacré et popularisé sa réputation de maître-ouvrier de la langue poétique: depuis, trente années de production incessantes, un nombre prodigieux de rimes--répandues dans les journaux, dans les recueils périodiques, ou enchâssées et serrées sous la brochure d'un volume--ont montré quelle réserve et quelle veine intarissable nourrissaient la production incessante de cet écrivain.

La prose ne lui paraissait pas indigne de sa plume, et tel de ses contes, telle page de ses romans, peuvent passer pour de purs chefs-d'œuvre.

N'oublions pas que Théodore de Banville, écrivain, ne dédaigna pas d'être journaliste: il a collaboré à un grand nombre de revues, écrit le feuilleton dramatique de trois ou quatre feuilles quotidiennes; dans ces dernières années, il donnait régulièrement des nouvelles à des journaux littéraires. Il était bienveillant et indulgent, sans prétention ni morgue hautaine; les «jeunes» étaient toujours bien accueillis auprès de lui pourvu qu'ils eussent foi dans les deux symboles pour lesquels il avait vécu: l'art et la poésie.

LE GÉNÉRAL CAMPENON

Le général Campenon était, dans toute l'acception du terme, un soldat. Au parlement dont il suivit les débats sur les choses militaires comme ministre de la guerre d'abord, et ensuite comme sénateur inamovible, il apportait cette rondeur familière et un peu âpre, cet air martial, cette brusquerie d'allures, que donne l'habitude du commandement.

Il était né à Tonnerre en mai 1819; il entra à Saint-Cyr; il était capitaine au moment de la révolution de février 1818. Le capitaine Campenon était imbu d'idées libérales et démocratiques: le nouveau régime était fait pour lui convenir: il ne s'en cacha point. C'est ainsi qu'il se trouva désigné pour encourir la sévérité du gouvernement, que le coup d'État établit en 1851. Arrêté avec Charras et avec d'autres officiers suspects de républicanisme, Campenon fut déporté.

Nous le retrouvons peu après, contraint par la proscription d'entrer au service du bey de Tunis, dont il organisa les troupes jusqu'à l'heure où vint l'autorisation de rentrer en France et de reprendre son rang dans l'armée nationale. C'était l'heure de la campagne d'Italie: brave au feu, comme il était loyal citoyen, le capitaine Campenon conquit les épaulettes de chef d'escadron d'état-major.