Ce n'est qu'au début de la guerre de 1870 que le lieutenant-colonel Campenon fut promu colonel.

A la bataille de Rezonville où notre cavalerie sut, dans un effort héroïque, démonter l'artillerie ennemie et chasser du terrain la cavalerie allemande, le colonel Campenon, criblé de blessures, fut laissé pour mort sur le champ de bataille.

A la paix, Campenon reçut enfin les étoiles de général: il commandait la cinquième division d'infanterie à Paris quand Gambetta lui offrit le ministère de la guerre. C'est lui--il ne faut pas l'oublier--c'est ce républicain de la veille qui eut le courage, sur l'inspiration de Gambetta, de passer outre aux polémiques des partis pour songer seulement aux véritables intérêts de l'armée en prenant le général de Miribel comme chef d'état-major.

Après la chute de Gambetta, le général Campenon a été à deux reprises encore ministre de la guerre: dans le cabinet Jules Ferry en 1883: puis dans le cabinet Brisson. Il a pu ainsi donner tous ses soins aux œuvres de reconstitution militaire entreprises depuis l'avènement de la République.

LA VIERGE NOIRE DE MONTSERRAT

On a tout dit sur la semaine sainte en Espagne. On a décrit cent fois les processions moyen-âge de Séville, les tableaux vivants de la Passion de Tolède, les mystères en plein vent de Murcie. Cette année, c'est dans un lieu bien plus étrange, bien plus pittoresque encore que nous allons chercher de nouvelles impressions: c'est au couvent de la Vierge-Noire du Montserrat, au cœur même des montagnes abruptes de la vieille Catalogne, à mille mètres d'élévation.

C'est sur la ligne de chemin de fer de Barcelone à Saragosse, à distance à peu près égale de Barcelone et de Manresa, qu'il nous faut tout d'abord descendre.

A présent commence la montée: oh! cette montée en patache antique, traînée par quatre mules auxquelles le conducteur pousse son éternel: «harri!» Mais tout le monde n'a pu prendre place dans la patache. Alors ce sont, par les chemins, de longs défilés de formes humaines, sonores à mantilles noires égrenant leurs rosaires, vieux paysans catalans coiffés du bonnet phrygien en laine rouge, Aragonais coiffés de leurs foulards, tous la mante jetée sur l'épaule et un long bâton à la main.

A mesure que nous montons, voici toute la Catalogne qui se déroule devant nous, les Pyrénées, le Canigout, et, au-delà, une partie de la France, du côté de Perpignan. De cet autre côté, la Méditerranée à perte de vue, les Baléares et Saragosse, une partie de la province de Valence. De cet autre encore, l'Aragon. Le panorama est admirable, sans pareil. Et, sur le ciel d'un bleu foncé, se détache la blancheur des Pyrénées, dont les pics couverts de neige étincellent brillants au soleil.

Cependant nous voici parvenu au couvent, dont les bâtiments sont situés au pied d'un bloc énorme de granit, dans une position analogue à celle du couvent de la Grande-Chartreuse. Voici l'entrée du monastère, qui ressemble plutôt à l'entrée d'une caverne. La foule s'accroît toujours, et il y a autant de mendiants que de fidèles, ce qui n'est pas peu dire. La seule auberge est prise d'assaut. Les moines, fort obligeants, donnent des chambres aux visiteurs. Ils nous font tout voir, le réfectoire en forme de rotonde, le jardin potager fort beau, le cloître d'un grand effet artistique, l'église enfin où tous les fidèles pêle-mêle sont entassés à genoux sur les dalles. La Vierge noire, splendidement vêtue d'or et de satin, nous regarde avec ses grands yeux sans vie, tandis qu'autour d'elle les cierges brûlent par centaines.