M. de Montfort a donc pris l'initiative d'interroger le gouvernement à ce sujet. Il s'est surtout appliqué, dans son discours, à développer cette idée «qu'on s'était trop hâté de présenter comme terminées les opérations militaires et de déclarer qu'il restait seulement à accomplir au Tonkin une opération de gendarmerie, besogne pour laquelle les troupes indigènes étaient suffisantes.» La conclusion de M. de Montfort est que, pour rétablir l'ordre au Tonkin, il faut avoir la franchise d'en appeler de nouveau à l'armée régulière.

M. Etienne a répondu qu'on avait fort exagéré les faits et que l'œuvre de pacification se poursuit. Il a rappelé que les Anglais ont rencontré aux Indes des difficultés autrement sérieuses, devant lesquelles cependant ils n'ont pas reculé: «Il en sera de même au Tonkin, a ajouté le sous-secrétaire d'État, si nous savons déployer les mêmes qualités de constance et d'énergie.»

Après une courte réplique de M. de Montfort, qui a reproché à M. Etienne de n'avoir pas précisé, au nom du gouvernement, les mesures qu'il comptait prendre, l'incident a été clos.

Les courses et les paris.--Cette question fastidieuse reste à l'ordre du jour, car les chambres se sont séparées sans arriver à trouver une solution. Les choses resteront donc en l'état pendant les vacances, ce qui veut dire que l'autorité continuera à prendre les mesures nécessaires pour empêcher les paris sur les champs de course, sauf, bien entendu, les paris entre particuliers, que la loi reconnaît.

Quant, à la commission chargée d'examiner le projet de loi déposé par le gouvernement, elle a tenu une dernière séance dans laquelle elle a rédigé un texte définitif. Aux termes de ce projet, dont nous avons indiqué l'économie générale dans notre dernier numéro, tous les paris sont interdits, sauf le pari mutuel. Il y a donc une différence sensible entre le texte proposé par le gouvernement et celui de la commission. Le gouvernement voulait laisser aux sociétés sportives la police des hippodromes, c'est-à-dire la faculté d'organiser les paris à leurs risques et périls; la commission, au contraire, supprime le jeu sous toutes les formes, mais en faisant une exception pour le pari mutuel, qui fonctionnerait désormais d'une façon légale.

M. Riotteau, qui réunit les fonctions de président et de rapporteur de la commission, rédigera son rapport pendant les vacances.

Après avoir terminé la délibération, les membres de la commission ont décidé, hors séance, de consulter les conseils généraux sur la solution à donner à la question et ont engagé les assemblées départementales à l'examiner au cours de la session prochaine qui va s'ouvrir le 6 avril. Cette consultation sera intéressante, car la question des courses passionne la province presque autant que Paris.

La question de Terre-Neuve.--Les longues négociations poursuivies par notre gouvernement avec le cabinet de Londres ont abouti à la constitution d'une commission d'arbitrage qui sera chargée de régler le différend. Bien entendu, il ne s'agit ici que du point spécial qui concerne «la pèche du homard et sa préparation sur la partie des côtes de Terre-Neuve comprise entre le cap Saint-Jean et le cap Raye.» Nos droits sur le French Shore ne sauraient, en effet, être mis en question.

Il est entendu entre les deux gouvernements que chacune des deux puissances s'engage, en ce qui la concerne, à exécuter les décisions de la commission arbitrale.

Celle-ci se compose de trois spécialistes ou jurisconsultes, désignés d'un commun accord par les deux gouvernements, et de deux délégués de chaque pays, qui seront les intermédiaires autorisés entre leurs gouvernements et les autres arbitres.