Le gouvernement italien s'est naturellement ému de cet acte inouï, qui rappelle une époque que l'on croyait oubliée de l'histoire américaine. Il a fait remettre à M. Blaine une note énergique, mais ici on se trouve en présence d'une situation assez bizarre créée par la constitution américaine. En vertu de cette constitution, le gouvernement de Washington peut se désintéresser de la question, en objectant que les États confédérés sont indépendants; mais d'autre part, si, dans l'espèce, l'Italie voulait pousser les choses jusqu'au bout et émettait la prétention d'exiger par la force de la Louisiane la réparation qu'elle se croirait en droit de réclamer, le pouvoir central, toujours en vertu de la constitution, pourrait intervenir et mettre à la disposition de l'État confédéré son armée et ses escadres.

On n'en arrivera pas--cela est évident--à cette extrémité, mais il sera curieux de voir comment sera résolu ce point spécial du droit des gens.

La Révolution au Chili.--Les nouvelles reçues du Chili, par voie de Buenos-Ayres, disent qu'une bataille décisive a eu lieu entre les insurgés et les troupes du gouvernement. Celles-ci auraient essuyé un désastre complet. Le colonel Robles qui les commandait a été tué.

D'après le Times, qui a reçu des dépêches privées sur cette sanglante affaire, le colonel Robles, à court d'approvisionnements, avait du abandonner soudainement la forte position du mont Sébastopol. Il avait, avec lui 1,200 hommes d'infanterie, 25 cavaliers et quelques canons. Le 6 de ce mois, il attaqua les insurgés, au nombre de 2,500. Au moment décisif, il fut trompé par un stratagème de l'ennemi qui, arborant le drapeau parlementaire, l'amena à entrer en pourparlers; mais les troupes révolutionnaires reprirent brusquement le feu, qui produisit des effets épouvantables parmi les troupes du gouvernement. Celles-ci furent complètement défaites, perdant, en tués et blessés, les deux tiers de leur effectif.

Le colonel Robles, atteint dès le début de l'action, n'avait été porté que plus tard dans une ambulance. Cette ambulance prise, le commandant des insurgés menaça de faire fusiller tout le monde si on ne lui indiquait pas le colonel. Un infirmier dénonça le malheureux qui fut aussitôt criblé de balles. Les insurgés procédèrent ensuite au massacre des officiers blessés.

De son côté la légation du Chili à Paris a reçu de son gouvernement une dépêche disant que le massacre dans les ambulances du colonel Robles et de nombreux officiers blessés a produit une consternation générale.

La dépêche ajoute que la révolution dispose seulement des ports de Taltal, Iquique et Pisagua. Les forces du gouvernement se concentrent près de la province de Tarapaca.

Il en résulte donc que l'insurrection n'est pas générale et que, dans l'état actuel des choses, il est impossible de se prononcer sur l'issue de la lutte engagée par une partie de l'escadre. Mais ce qu'on ne peut nier, c'est que les révoltés disposent de ressources suffisantes pour tenir la campagne, peut-être pendant de longs mois.

Nécrologie.--M. Louis Frémy, ancien gouverneur du Crédit foncier de France.

M. Ernest Hoschedé, l'un des fondateurs et directeurs de la Gazette des Beaux-Arts, auteur de plusieurs volumes de critique d'art.