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Léon XIII dit longuement sa messe, avec des mouvements lents de vieillard, la voix douce et très faible s'entrecoupant de défaillances, la taille voûtée sous le poids des ans écrasée encore par la lourde magnificence de riches ornements sacerdotaux. Son aspect profondément vénérable est accentué par la vigoureuse maturité de trois prélats domestiques qui l'assistent à l'autel, avec leur visage à reflets bleus, aux robustes méplats de médaille romaine, et leur abondante chevelure frisée débordant la tonsure. Mais cette vieillesse n'est pas de la décrépitude. On s'en aperçoit quand, l'office terminé, après une seconde messe dite par un chapelain de la famille pontificale et que le Saint-Père écoute avec autant de ferveur qu'il en a mis à dire la sienne, commence le défilé des présentations.

Lorsque le pape en a décidé ainsi, il prend place dans un fauteuil au pied de l'autel et chacun des assistants à son tour, nommé par un maître des cérémonies qui auparavant l'a discrètement interrogé sur les particularités de nature à intéresser Sa Sainteté, a l'honneur de s'entretenir quelques instants avec elle. On voit alors que la vivacité d'esprit de Léon XIII, son affabilité italienne, sa paternelle bonté de pontife, n'ont nullement souffert des atteintes de l'âge. Prenant vos mains dans les siennes, blanches, fines et souples comme celles d'une femme, il vous parle en un français impeccable--c'est la langue qu'il emploie avec tous les étrangers--et si ces cérémonies lui causent quelque fatigue et quelque ennui, personne ne s'en peut douter, tant il y apporte de bonne grâce d'homme du monde, élargie et exaltée par la majesté religieuse et souveraine du vicaire de Jésus-Christ. Un neveu de Léon XIII, le comte Pecci, élevé par lui et admis dans son intimité journalière, dit que jamais il ne l'a vu rire. Mais cette gravité méditative et mélancolique n'est pas de l'humeur morose. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à observer ce que contient d'aimable la finesse de son sourire.

L'impression de grandeur qui s'exhale de la bénédiction avec laquelle le Pape vous congédie frappe les âmes jusqu'à accabler celles qu'anime la ferveur des simples. J'ai vu une jeune femme espagnole fondre en larmes aux pieds du Saint-Père, suffoquée par l'émotion au point de ne pas pouvoir se relever après avoir baisé son anneau de pasteur des peuples et la croix d'or brodée sur sa mule de velours rouge. L'extrême douceur et l'aimable bonté avec laquelle il s'efforçait de la calmer ont eu peine à avoir raison de son trouble éperdu. Ce vif et touchant hommage rendu à la splendeur de la foi aurait désarmé les plus sceptiques. En sortant de la messe du Pape, on est tout au triomphe de l'idée sur la matière, et cette pensée consolante n'est chassée de l'esprit par aucun des détails temporels de la fin, ni les rinfreschi servis dans une salle voisine aux privilégiés familiers du Vatican--les glaces et granits de rigueur en Italie, même quand il y fait froid--ni la pièce blanche à l'effigie de l'usurpateur, discrètement glissée au départ dans la main des imposants camériers en damas écarlate. A n'y regarder qu'au point de vue abstrait, qui plus qu'on ne le croit gouverne encore le monde, elles sont toujours vraies, les paroles superbes inscrites à la voûte de la Scala Regia: Ambulabunt gentes in lumine tuo, et reges in splendore.

Marie Anne de Bovet.

CATASTROPHE DU STEAMER ANGLAIS «L'UTOPIA» DEVANT GIBRALTAR.--Sauvetage des naufragés par le cuirassé «Anson».

THÉÂTRE DE LA PORTE-SAINT-MARTIN.--«L'Impératrice Faustine», drame historique en cinq actes, du comte Stanislas Rzewuski. Le centurion Aper livré par Marc-Aurèle aux fureurs de la populace, en présence de l'impératrice Faustine (4e acte).

QUESTIONNAIRE.