Le Reporter.--C'est noté, marchons comme ça.

--Nous avions de ces entretiens et de ces dialogues avec Platon, dans les Jardins d'Académus, et avec Aristote sous les Galeries du Portique.

--Ainsi, depuis les trois mille ans qui ont passé sur la cendre d'Homère, vous n'avez rien trouvé de nouveau, aucune différence entre Athènes et Paris?

--Dans le fond, non; dans la forme, si. Aristophane dirait que le monde est un théâtre où on joue toujours la même pièce avec les mêmes comédiens, dont on modifie les décors, le costume et le langage. Les hommes sont partout les mêmes, Athéniens je les ai laissés, Parisiens je les retrouve; j'étais un Parisien d'Athènes, il n'y a rien de changé, il n'y a qu'un Athénien de Paris de plus.

--Quelle est la chose qui vous a le plus étonné à Paris?

--C'est d'abord de m'y voir, ensuite que personne ne m'ait encore dit: «Monsieur est un Sage de la Grèce, comment peut-on être du Siècle de Périclès?» Ou bien encore qu'une demoiselle classique ne se soit pas écriée:

Un Grec, ô ciel! ma sœur, un Grec, un Sage grec!

Je l'aurais embrassée. Cependant on m'a montré ma photographie instantanée, où j'ai l'air de la Statue du Commandeur invité à souper avec des cocottes, buvant du vin de Champagne et fumant un cigare.

--Ah! ah! très bien. Et les petites femmes?

--Elles sont plus habillées ou plus déshabillées que les Athéniennes, et, bien qu'elles n'aient pas le nez grec, elles n'en sont que plus jolies. Mais vous avez inventé l'amour artificiel, l'Hypocrisie a des temples; la Beauté, qui est une religion, n'est qu'une enseigne, et il n'y a plus que vos hétaïres qui aient conservé les traditions des nôtres: «Tu veux des diamants, des festins, des esclaves, cela s'achète; tu demandes du plaisir, cela se paie. Tu n'as plus d'or? Va-t'en, et apprends à te passer de ce qui ne se donne pas».