La lanterne. Montage de l'appareil d'horlogerie
faisant mouvoir le tambour.

Rappelons en quelques mots le principe et la théorie de cet appareil. Si la lampe du phare était placée dans une lanterne ordinaire, la plus grande partie de sa lumière serait perdue; pour l'utiliser tout entière, il faut ramener à la surface de la mer tous les rayons qui en suivant leur direction naturelle iraient se perdre dans les espaces célestes. Tel est le rôle de l'appareil optique qui a pour effet de rendre parallèles et horizontaux les rayons lumineux divergents qu'émet le foyer. De ces rayons, les plus rapprochés de la direction voulue, ceux du centre, traversent des lentilles ordinaires, les plus obliques sont réfractés par des séries de prismes qui entourent les lentilles; enfin, ceux des bords du faisceau se réfléchissent sur des miroirs qui les renvoient en pinceaux parallèles balayer la surface des eaux.

Ce dispositif a été imaginé en 1821 par le physicien français Fresnel.

A notre entrée dans la lanterne nous trouvons les stores qui la garnissent intérieurement baissés, et les appareils recouverts de housses en étoffe. L'homme a d'abord enlevé ces dernières et la lampe est apparue à nos regards, il va maintenant la remplir d'huile, la mettre en fonctions et commencer, à l'abri des stores, l'allumage du bec.

Un mot en passant sur cette lampe que l'on voit sur notre gravure et sur son bec.

Elle est dite à niveau constant et à réservoir inférieur. L'huile minérale (car c'est d'elle qu'on se sert) est placée dans un réservoir inférieur au bec, où des pompes actionnées par un mouvement d'horlogerie situé dans l'intérieur la puisent pour la refouler à un niveau maintenu constant. Au moyen d'un trop-plein, l'huile excédante revient au réservoir. Quant au bec, il se compose de cercles de cuivre concentriques dans lesquels sont passées des mèches de coton au nombre de cinq pour les phares de premier ordre, de quatre pour ceux de second, et ainsi de suite en descendant.

Pour assurer et régler la combustion de l'huile dans le bec, celui-ci est coiffé d'une cheminée de cristal portée par une robe cylindrique, permettant de l'élever ou de l'abaisser suivant les besoins. Comme la hauteur de cette cheminée est insuffisante, elle est surmontée d'une allonge en tôle avec une clef munie d'un obturateur pour pouvoir à volonté régler le tirage.

Mais le gardien a jugé les mèches suffisamment imbibées, et le voilà qui procède à l'allumage méthodique en les tenant basses d'abord à petite flamme. Au bout d'un quart-d'heure il les relève un peu au-dessus de la couronne du bec, redescend la cheminée, ouvre graduellement l'obturateur, puis, au moyen de la pompe, fait arriver un afflux d'huile sur les mèches; de cette façon, bien réglée et conduite, la flamme est régulière, blanche, corsée et bien développée.

Puis il a définitivement enlevé les stores de la lanterne. Maintenant le phare est en pleine activité, la lampe brûle bien, et l'appareil optique tourne autour d'elle, envoyant sur l'horizon ses faisceaux lumineux qui apparaissent au marin qui les observe comme une série d'éclats, chaque fois qu'une lentille passe devant lui, interrompus par une série d'éclipses dans l'intervalle des passages. La rapidité de rotation du tambour détermine la durée relative des éclats et des éclipses dans les phares à feu tournant. Dans les phares à feux fixes, le tambour, par contre, est immobile et la lentille circulaire.