--Que pensez-vous du printemps?

Nos poètes consultés sur la question de savoir s'ils aiment ou s'ils n'aiment pas le printemps, on s'imagine que, du premier coup, ils vont en chœur s'écrier:

--Le printemps! mais c'est la saison bénie, l'heure des amours, la saison des nids!

Les vieux poètes d'autrefois eussent peut-être répondu cela, les naïfs. Banville, s'il eût vécu, eût crié: Vivent les roses! Or, je remarque avec une certaine tristesse que la plupart des poètes interviewés n'ont parlé du printemps que pour le railler.

--C'est la saison des rhumes de cerveau!

--C'est le triomphe du coryza!

Devant les poètes contemporains, plus ou moins mordus de pessimisme, le pauvre printemps n'a pas de chance. Il n'a plus pour l'aimer et pour le chanter que les bons bourgeois fidèles au culte des dates, et qui se disent, parfois en grelottant:

--Le fond de l'air est froid. Mais nous sommes en avril. Que c'est bon tout de même, le printemps!

Il a parfois des engelures, le printemps, mais c'est le printemps, que voulez-vous? Et on lui sourit tout de même. Voilà donc qu'il est, pour parler comme tout le monde, lâché par les poètes. Je conseillerais au reporter intelligent dont j'ai parlé de demander à ces mêmes poètes une consultation nouvelle, sur un sujet aussi vieux et aussi jeune que le printemps: l'amour!

--Que pensez-vous de l'amour?