Voyez-vous le point d'interrogation? Eh bien, je gage que les poètes, après avoir lâché le printemps, lâchent aussi l'amour. On ne croit plus beaucoup à l'amour, maintenant qu'on ne croit plus au printemps. L'amour recevra une fameuse dégelée le jour où l'on ouvrira un plébiscite sur son compte comme le journal la France en ouvre un sur cette question:
--Faut-il ou ne faut-il pas évacuer le Tonkin?
Oh! le beau système! Imaginez-vous les problèmes les plus graves soumis ainsi à la solution de braves lecteurs de journaux qui brassent de la politique au fond de leur café? Être ou n'être pas pour l'évacuation du Tonkin, comme cela, sans renseignements, sans étude, sur une simple impression, et livrer les questions les plus graves des politiciens à la Gavarni!
--Vois-tu, Sabournin, tant que M. de Metternich ne fera pas ce que je ferais si j'étais à sa place, l'Europe ne battra que d'une aile! Voilà mon opinion!
--T'es-t-un melon! Voilà mon opinion sur ton opignon!
C'est Gavarni qui raillait, voilà trente ou quarante ans, les politiquailleries. Ses légendes sont toujours de mise. Passe encore, en fait de plébiscite, pour celui du Petit Journal.
Le Petit Journal a eu l'idée de demander à ses lecteurs, aux parents de collégiens, et peut-être aux collégiens eux-mêmes, s'il ne conviendrait pas de rapprocher les vacances scolaires et de mettre les lycéens en liberté dès juillet, avant même la fête nationale.
En juillet, on étouffe dans les classes souvent trop étroites. Les enfants sont enfermés par les jours caniculaires et c'est quand le thermomètre monte, monte, qu'on les condamne aux compositions de fin d'année. Ces jeunes cerveaux se mettent alors à bouillir comme du lait sur des charbons ardents.
--Êtes-vous d'avis de fixer les vacances au 10 juillet?
Tel est le terme du plébiscite du Petit Journal. La majorité des votants--on votait par oui ou par non--a été d'avis qu'il fallait avancer la date des vacances. Je dois dire que les professeurs n'ont pas du tout manifesté la même opinion. Ils n'ont point voté, mais ils ont causé.