Si l'on partait plus vite, on rentrerait plus tôt! On rentrerait à l'heure où s'ouvre la chasse! Or, ils sont assez ruraux, les professeurs, et ils aiment à tirailler le perdreau dans quelque coin de leur province. Comment! il leur faudrait expliquer Virgile au lieu de rouler un lièvre, ouvrir Xénophon au lieu de leur carnier! Non, non, elles resteront fixées au mois d'août, les vacances scolaires, en dépit des oui, oui, oui, oui, innombrables du Petit Journal, et les collégiens continueront à avoir la tête grosse comme un muid en composant en histoire ou en thème par les jours chauds de juillet.
On a--pour changer--beaucoup parlé de M. de Talleyrand et de ses Mémoires. Les uns prétendent que M. de Bacourt, qui les eut un moment sous la main, se serait livré à un petit tripatouillage sur le manuscrit du prince de Bénévent; les autres soutiennent que, tout au contraire, c'est le texte exact de l'ancien évêque d'Autun que le public a sous les yeux. Et, là-dessus, M. le duc de Broglie offre de déposer pendant quinze jours chez Calmann-Lévy les manuscrits qui ont servi pour l'impression. Les saints Thomas de la critique verront, toucheront et seront peut-être ensuite convaincus.
Mais convaincus de quoi? Il faut bien avouer que ces Mémoires, qui ne sont pas une spéculation puisque M. le duc de Broglie en donne le produit aux pauvres, sont une désillusion. Avec un personnage tel que M. de Talleyrand, le public s'attendait à des personnalités, à des méchancetés, tranchons le mot, à des éreintements. Voyez ce que c'est que d'avoir une réputation! «Avec Talleyrand, on s'amusera, disait-on. Il en dira long, il en avait tant à dire!»
Eh bien! non, il ne dit rien. Il fait de l'histoire. Ses Mémoires sont un document officiel, presque diplomatique. Hélas! on tombe de haut.
--On nous a changé notre Talleyrand, se dit le public, qui n'admet pas que ce diable de Talleyrand se soit maquillé lui-même, ce qui me paraît pourtant vraisemblable.
Ce diable! Je viens d'écrire là un mot qui me rappelle une jolie anecdote:
Lord Halland voulait avoir un portrait de Talleyrand. Il admirait l'homme, il désirait en conserver les traits. Il s'adresse à Ary Scheffer:
--Mon cher Scheffer, je veux vous demander et vous commander un portrait!
--Un portrait de vous, mylord? C'est une bonne fortune pour un peintre.
--Non, pas un portrait de moi, le portrait d'un homme historique.