NOS GRAVURES

LES DÉCOUVERTES DE LOUQSOR

Tous les journaux ont parlé des découvertes faites récemment en Égypte par notre compatriote M. Grébaut, directeur du Musée égyptien de Ghizeh. M. Grébaut, à la suite de fouilles entreprises dans La montagne de Thébes, a mis au jour un puits contenant un nombre considérable de momies, toutes dans de riches sarcophages, et dans un état merveilleux de conservation. Par une rare bonne fortune, parmi les témoins de ces fouilles se trouvait un de nos plus chers collaborateurs, M. Émile Bayard, qui vient de passer l'hiver en Égypte. C'est donc sur place même et d'après nature que M. Bayard a pu faire les deux beaux dessins que nous donnons et dont il a accompagné l'envoi de la très intéressante lettre que voici:

Au Directeur.

Je vous ai dit dans ma précédente lettre qu'après avoir remonté jusqu'à la première cataracte, sur un charmant et confortable bateau de la Société Égyptienne Thewfikiek, je m'étais arrêté à Louqsor, à l'hôtel de la société sus-nommée. Je vous laisse à penser ma joie en voyant sur la table du grand salon l'Illustration, qu'on se passait de mains en mains. Quand on a vu votre collaborateur assidu et dévoué, on l'a fort entouré. A 1,200 lieues de la rue Saint-Georges, ç'a été vraiment une grande joie pour moi, car je rapportais au journal les sympathies dont j'étais l'objet.

Le soir même de mon arrivée, j'appris la découverte si intéressante de M. Grébaut, le savant égyptologue. Ma première idée fut de faire profiter de ma bonne fortune les lecteurs de l'Illustration. Aussi, le lendemain matin, je traversai le Nil et me trouvai sur la rive gauche de l'ancienne Thèbes; de là, monté sur un bourriquot (Ramsès, s'il vous plaît), je me rendis à la dahabieh de M. Grébaut, à qui j'avais eu le plaisir d'être présenté au Caire. Fort bien accueilli, il fut décidé que nous partirions de suite pour Deïr-el-Bahari. Nous voilà donc tous à bourriquot, M. Grébaut, M. Bourriaud, le chef érudit de la mission archéologique française, et moi. Au bout d'une bonne heure, nous arrivâmes sur le flanc de la chaîne lybique, où se trouve la fouille que M. Grébaut a fait creuser, pressentant en cet endroit un trésor caché, dont l'importance archéologique devait dépasser ses espérances. Mais je laisse la parole à M. Grébaut:

«J'étais persuadé qu'environ à cette distance de la montagne je trouverais quelque chose. Je ne m'étais pas trompé et j'ai fait fouiller. A ma grande joie j'ai vu apparaître le puits que vous voyez, dont la profondeur est environ de 15 mètres et au fond duquel se trouvait une porte fermée par un entassement de grosses pierres.

La porte déblayée, on est entré dans un premier souterrain. Après un parcours de 73 mètres on rencontre un escalier de 5 mètres et l'on descend à un second étage qui fait suite pendant 12 mètres.

Ces deux étages conservent la direction du nord au sud. Au fond sont creusées deux chambres funéraires mesurant: l'une 4 mètres, l'autre 2 mètres de côté. A la hauteur de l'escalier est située la port d'un second corridor de 54 mètres se dirigeant de l'est à l'ouest. Le développement total des souterrains est de 153 mètres.

Ils étaient remplis de caisses de momies, souvent entassées les unes sur les autres. A côté des sarcophages étaient déposés des objets divers, papyrus, boîtes, paniers, statuettes, offrandes funéraires, fleurs.