Le désordre dénotait une cachette du genre de celles des momies royales découvertes il y a dix ans. Les deux cachettes sont de la même époque, elles ont dû être faites dans les mêmes circonstances. Dans les deux cas, les momies les plus récentes appartiennent à la 21e dynastie.

Les sarcophages de la nouvelle découverte sont ceux des prêtres et des prêtresses d'Ammon, au nombre de 163. On compte aussi quelques prêtres d'autres divinités, de Set, d'Anubis, de Mentou et de la reine Aah-Hotep dont le culte s'est maintenu pendant de longs siècles.»

L'extraction des sarcophages m'a fourni le sujet d'un dessin: les cuves extérieures d'une richesse de décoration incomparable sont composées et exécutées avec un soin particulier. Quand on pense que la porte de ces souterrains, fermée depuis 3,000 ans, vient de livrer passage à ces sarcophages qu'on dirait faits d'hier tant leur conservation est admirable, l'imagination reste confondue.

Voilà, mon cher ami, ce que j'ai eu l'heureuse chance de voir; mais ce qu'on ne verra pas de longtemps, c'est leur transport au Nil où les attendent de grands chalands qui doivent les transporter au Caire.

Rien ne peut donner une idée (pas même mon dessin!) de cet étonnant spectacle.

Imaginez-vous, sous un soleil de 50 degrés, dans les grandes plaines fertilisées par le Nil et s'étendant jusqu'aux contreforts de la montagne, deux cents Arabes dans les costumes les plus pittoresques, souvent nus, portant sur leurs épaules une trentaine de ces merveilleux sarcophages, se bousculant dans la poussière en chantant ces refrains monotones dont ils scandent leurs marches. C'est un spectacle inoubliable.

Je ne veux pas, cher ami, prolonger cette longue lettre. Je dois cependant ajouter que, malgré son grand désir de m'être agréable, M. Grébaut n'a pu me fournir les photographies des objets trouvés, ce qui eût été bien précieux, mais il ne veut rien livrer à la publicité avant d'avoir examiné avec soin, à son retour au Caire, tous les éléments de sa découverte. Je suis persuadé qu'il s'empressera, aussitôt qu'il le pourra, de vous les envoyer avec une notice explicative. Ce sera encore de l'actualité. A bientôt, mon cher ami.

Votre bien affectionné,

Émile Bayard.

A L'ÉGLISE DU SACRÉ-CŒUR