Les nombreux pèlerins qui ont visité pendant ces derniers jours l'église du Sacré-Cœur se sont portés en foule dans la crypte de la Basilique où les attendait le spectacle émouvant d'une «Mise au tombeau» fidèlement représentée.

Le corps du Seigneur, qui tient le milieu, est soutenu par Joseph d'Arimathie, à qui appartenait le sépulcre, et Nicodème.

A gauche, la sainte Vierge, accompagnée de saint Jean et de la mère de Jacques, étend les bras vers son divin fils à qui elle semble adresser un dernier adieu. A droite, Marie-Madeleine à genoux, les mains jointes, implore une fois encore son pardon, et derrière elle se tiennent les trois saintes femmes qui accompagnent la mère du Christ. Un disciple porte la couronne d'épines, et trois soldats romains éclairent avec des torches la funèbre cérémonie. Tout en haut d'un escalier taillé dans le roc, on entrevoit le calvaire.

Les figures en cire sont l'œuvre de M. Pêche-Lambert. C'est un travail long et difficile que la mise au point d'un pareil tableau. L'artiste doit modeler d'abord ses personnages en terre glaise, les reproduire ensuite en plâtre, et sur les plâtres prendre les moulages dans lesquels coulera la cire. Après avoir soigneusement réparé et retouché cette cire, les groupes sont implantés, et les couleurs savamment distribuées donnent à la scène l'illusion de la vie.

Ab.

AU THÉÂTRE D'APPLICATION

Le petit théâtre de la rue Saint-Lazare a donné, ces jours derniers, un spectacle de circonstance qui, pour n'être pas de ceux auxquels se précipite d'ordinaire le gros public, n'en a pas moins offert un intérêt littéraire et scénique indéniable.

La Passion, de M. Haraucourt, avait été donnée déjà l'an passé au Cirque-d'Hiver avec Mme Sarah Bernhardt comme protagoniste; elle fit même quelque bruit à cette époque-là, si nous nous souvenons bien. Transportée sur la petite scène de M. Bodinier, elle a été écoutée presque avec recueillement.

Les quatre tableaux de la Passion: Un Carrefour à Jésusalem, la Maison de Lazare, le Jardin des Oliviers et le Calvaire se sont déroulés tranquillement devant une salle toujours pleine, et dans un silence qu'interrompaient seuls les applaudissements à l'adresse du poète et des interprètes. Ceux-ci, en effet, surtout Taillade dans le rôle de Judas et Brémont dans celui de Jésus, Mme Malvau dans le personnage de Marie et Mme de Pontry dans celui de Madeleine, se sont acquittés à merveille de leur lâche et n'ont pas peu contribué au succès de ces quelques représentations dont notre gravure reproduit fidèlement l'aspect général. Ce qu'elle ne peut rendre, c'est l'impression toute particulière quelles ont dù laisser dans l'esprit de nombre de Parisiens. Nous nous ferons sans doute par la suite à ce spectacle moitié profane, moitié religieux. Mais cette petite salle oblongue avec sa tribune du fond où l'orgue seul fait défaut; cette étroite scène où, dans la monotone vibration des vers psalmodiés, Madeleine la pécheresse, sous les traits de la belle Mme de Pontry (c'est l'épisode que représente notre gravure), arrosait de parfums les pieds de Jésus: la demi-obscurité que faisaient flotter au-dessus des spectateurs recueillis les lustres baissés... tout cela donnait assez bien l'idée d'une bonne petite religion fin de siècle, dont le culte se célébrerait dans une sorte de chapelle laïque, fraîchement décorée et ornée de glaces.

J. S.