--Que peut-il vouloir encore? demanda Mme Barincq.
Ils n'étaient plus qu'à quelques pas, tous deux en même temps mirent la main à leur chapeau, mais ce fut le capitaine qui prit la parole:
--Mon ami le baron d'Arjuzanx, dit-il, désire avoir l'honneur de vous être présenté.
--J'ai pensé que mon nom expliquerait et, jusqu'à un certain point, excuserait ce désir, dit le baron.
--Vous êtes le fils d'Honoré? demanda Barincq.
--Précisément, votre camarade au collège de Pau, comme j'ai été celui de Sixte; mon père m'a si souvent parlé de vous et en termes tels, que j'ai cru que c'était un devoir pour moi de vous présenter mes hommages, ainsi qu'à madame et à mademoiselle de Saint-Christeau.
Ce fut Mme Barincq qui répondit en invitant le baron à s'asseoir: des chaises furent apportées par le capitaine, et un cercle se forma.
Le baron d'Arjuzanx parla de son père, Barincq de ses souvenirs de collège, et la conversation ne tarda pas à s'animer. Habitué de Biarritz, le baron connaissait tout le monde, et, à mesure que les femmes défilaient devant eux pour entrer dans la mer ou remonter à leur cabines, il les nommait, en racontant les histoires qui couraient sur elles: Espagnoles, Russes, Anglaises, Américaines, toutes y passèrent, et quand elles lui manquèrent, il tira d'un carnet toute une série de petites épreuves obtenues avec un appareil instantané qui complétèrent sa collection. Si plus d'un modèle vivant prêtait à la plaisanterie, les photographies, en exagérant la réalité, avaient des aspects bien plus drolatiques encore: il y avait là des Espagnoles dont les caoutchoucs dans lesquels elles s'enveloppaient rendaient la grosseur phénoménale, comme il y avait des Russes saisies au moment où elles sortaient rapidement de leurs chaises à porteur, d'une maigreur et d'une longueur invraisemblables.
--Je vois qu'il est bon d'être de vos amies, dit Anie.
--Il est des personnes qui n'ont pas besoin d'indulgence.