Ce fut Mme Barincq qui répondit à ce compliment par son sourire le plus gracieux, fière du succès de sa fille.

Plusieurs fois le capitaine parut vouloir se lever, mais le baron ne répondit pas à ses appels, et resta solidement sur sa chaise, bavardant toujours, regardant Anie, se faisant inviter à Ourteau, et invitant lui-même M. et Mme de Saint-Christeau à lui faire l'honneur de venir voir son vieux château de Seignos: avec de bons chevaux on pouvait faire le voyage dans la journée sans fatigue.

--Avez-vous lu le Capitaine Fracasse, mademoiselle? demanda-t-il à Anie.

--Oui.

--Eh bien, vous retrouverez dans ma gentilhommière plus d'un point de ressemblance avec celle du baron de Sigognac, quand ce ne serait que les deux tours rondes avec leurs toits en éteignoirs. A la vérité, ce n'est pas tout à fait le château de la Misère, si curieusement décrit par Théophile Gautier, mais il n'y a que la misère qui manque; pour le reste, vous reconnaîtrez: très conservateurs, les d'Arjuzanx, car il n'y a pas eu grand'chose de changé chez nous depuis Louis XIII. Et puis, vous verrez mes vaches.

--Ah! vous avez des vaches! Combien vous donnent-elles de lait en moyenne? interrompit Mme Barincq qui, à force d'entendre parler de lait, de beurre, de veaux, de vaches, de porcs, d'herbe, de maïs, de betteraves, s'imaginait avoir acquis des connaissances spéciales sur la matière.

Le baron se mit à rire:

--C'est de vaches de courses qu'il s'agit, non de vaches laitières.

--A Ourteau, continua Mme Barincq, mes vaches nous donnent une moyenne de 1,500 litres.

--Vous êtes sur une terre riche, je suis sur une terre pauvre, aux confins de la Lande rase où la plaine de sable rougeâtre ne produit guère que des bruyères, des ajoncs, des genêts ou des fougères; mais, si pauvres laitières qu'elles soient, elles ont cependant quelques mérites, et si vous voulez aller dimanche à Habas, qui est à une assez courte distance d'Ourteau, vous verrez ce qu'elles valent.