Il résulte des rapports officiels reçus au sous-secrétariat d'État des colonies qu'un grand nombre de Toucouleurs et Pentils, originaires du Fouta ou de la banlieue de Saint-Louis, et qui s'étaient joints aux bandes d'Ahmadou, ont abandonné la Kaarta après la prise du Nioro. Ils se sont présentés aux environs de Bakel et Matam, cherchant à se frayer de force un passage, pillant et rançonnant les habitants, qui ont eu à se défendre les armes à la main.
Dès que le colonel Dodds, commandant des troupes du Sénégal, a eu connaissance de ces faits, il a offert à ces fugitifs de leur fournir les moyens de rejoindre leurs anciens cantonnements, à condition qu'ils fissent leur entière soumission.
Sept mille environ de ces malheureux, que les fatigues de la route et les privations avaient réduits à la plus grande misère, ont été recueillis à Matam.
Ils ont été nourris par les soins de l'autorité française, qui s'est employée activement à les protéger contre les violences des populations indigènes qu'ils avaient précédemment pillées et rançonnées. C'est dans ce sens que s'est produite l'intervention de nos officiers et de nos administrateurs, fidèles en cela à des traditions d'humanité et de générosité qui ne se sont jamais démenties.
Cette note, qualifiée d'aveu déguisé par quelques-uns de nos confrères, a fait l'objet de la lettre suivante, que nous avons adressée aux journaux qui l'avaient insérée, et qui paraît devoir clore le débat, car elle n'a fait l'objet d'aucune réplique:
«Dans une note relative aux dessins à sensation publiés par l'Illustration sur les exécutions de prisonniers au Sénégal, vous déclarez que ces dessins et le récit qui les accompagne sont présentés de manière à laisser croire que ces massacres auraient eu lieu à l'instigation des représentants de l'autorité française, ce qui serait faux.
En ce qui concerne nos gravures, je me bornerai à vous faire remarquer quelles reproduisent toutes des photographies que je tiens, du reste, à votre disposition.
Quant à notre article, il n'est que le résumé des lettres qui accompagnaient ces photographies. Si nous étions amenés à publier ces lettres, on verrait que notre récit est malheureusement loin de pouvoir être taxé d'exagération.
L'Illustration n'est pas un journal de parti. Nous avons cru devoir dénoncer des faits, mais non attaquer des personnes, et, pour vous donner à cet égard une preuve de notre bonne foi, je vous signale spontanément une particularité que vous ne visez pas et qui pourrait peut-être prêter à une regrettable confusion: la photographie représentant M. le gouverneur de La Mothe et le colonel Archinard à bord de la Cigale est antérieure de trois mois aux exécutions. Nous n'avons pas dit que le voyage de la Cigale fut motivé par ces exécutions, mais il suffit qu'il puisse y avoir doute à ce sujet pour que la loyauté me fasse un devoir de dissiper tout malentendu.
Encore une fois, nous n'accusons personne: nous nous sommes émus de cruautés qui nous affligent comme Français et comme patriotes. S'il y a des responsabilités à mettre au jour, c'est l'affaire du gouvernement et non la nôtre. Mon rôle se borne à établir l'exactitude de nos renseignements.