Avant une Visite de noces, nous avons eu les Fourberies de Scapin, jouées par les trois Coquelin, c'est-à-dire une des plus complètes interprétations que nous ayons vue de la merveilleuse bouffonnerie de Molière. Coquelin aîné, dans le rôle d'Argante, est un comédien achevé, au-dessus de l'éloge; Coquelin cadet, dans Géronte, dépasse un peu la farce de la comédie italienne; Jean Coquelin, vif, hardi, endiablé, a toutes les heureuses qualités de ses vingt ans; M. Féraudy est bien divertissant dans Sylvestre, Mlle Bertiny bien jolie dans Hyacinthe; Mlle Kalb bien gaie dans Zerbinette, dont le rire a gagné toute la salle. Le jeune Dehelly tient gentiment le rôle de Léandre; M. Boucher joue le personnage effacé d'Octave avec ce goût, ce soin, cette perfection, qu'il apporte dans tous ces rôles de Molière.

M. Savigny.

LES LIVRES NOUVEAUX

Au Sahara, par Hugues Le Roux. 1 volume in-12, illustré d'après des photographies de l'auteur gravées par Petit, 3 fr. 50, (Marpon et Flammarion).--Rentré dans sa vie ancienne, l'auteur se demande si tout ce qu'il a vu n'est pas un rêve, et si ce beau pays du mirage il l'a vraiment traversé. Oui, et c'est pour se le prouver sans doute à lui-même qu'il nous a retracé ses souvenirs. Et notre impression est aussi la sienne, à nous qui n'avons pas vu, jointe au grand désir de voir, à l'envie de nous en aller aussi, là-bas, par delà la mer, du côté du désert, à dos de chameau, pendant que cela se fait encore, pendant que le manteau blanc des Arabes erre encore parmi les palmiers, le long des mosquées, pendant que le muezzin chante encore la prière au haut des minarets, avant que le chemin de fer ne sillonne les sables et ne fasse envoler le mirage en reculant la limite du désert. Et sans doute il n'en est que temps. L'heure viendra, l'heure approche de la banalité et de l'uniformité sans merci! Heureux M. Hugues Le Roux d'avoir pu, lui le chroniqueur parisien, faire encore à cheval et à chameau coureur une course de deux mille kilomètres entre le Maroc et la Tunisie! Cela n'est pas encore banal, et c'est voir le désert comme il doit être vu.

Les artistes célèbres: Corot, par Roger-Milès. Ouvrage accompagné de 30 gravures (Librairie de l'Art, 29, cité d'Antin).--Peu d'artistes ont laissé plus de sympathies et les ont mieux méritées que le peintre des brumes matinales et des paysages crépusculaires. Il fallait un poète pour le présenter aux lecteurs et M. Roger-Milès avait ce qu'il faut pour remplir la tâche. Aussi lira-t-on avec plaisir les pages d'excellente critique qu'il lui a consacrées en les semant de ces délicates et touchantes anecdotes qui achevaient de faire admirer le peintre en faisant aimer l'homme.

Nouvel armorial du bibliophile. Guide de l'amateur des livres armoriés, par M. Joannis Guigard. (Paris, E. Rondeau, 1891, 2 vol. gr. in-8° de 900 pages en tout. Prix: 50 fr.)--Voici un ouvrage utile et curieux: notez ces deux points ci. Par son objet il s'adresse aux collectionneurs de tout genre; à l'artiste par les illustrations qu'il renferme; aux gens de lettres, par les notices et les portraits littéraires dont il est semé.

Il a pour but de déterminer le bibliophile d'après le symbole frappé sur ses volumes. L'instinct de la possession chez les amateurs est si grand, si intense, dit M. Guigard dans sa courte mais substantielle préface, qu'il s'étend jusque par delà le tombeau.

Le nombre de ces «enfiévrés» du livre est fort considérable. La plupart ont laissé des traces de leur passion favorite, et c'est à découvrir et identifier ces traces que l'auteur a consacré dix années de recherches.

Le Nouvel armorial du bibliophile contient plus de 2,500 marques bibliographiques; écussons, chiffres ou monogrammes, devises ou légendes. Le tout, accompagné de nombreux modèles de reliure artistique tirés des bibliothèques particulières les plus célèbres, tant de la France que de l'étranger.

Répertoire de la Comédie-Française, tome VII, 1890, par Charles Gueullette (Librairie des Bibliophiles.)--Excellent ouvrage et joli volume. Les amateurs de théâtre et les bibliophiles le guettent suffisamment pour qu'il soit à peu près inutile de leur en signaler la publication. Aussi le faisons-nous pour mémoire et presque, oserons-nous dire, pour notre satisfaction personnelle. Spirituelle préface de M. Henri de Lapommeraye, ayant pour sujet la bienfaisance des artistes de la Comédie. Portrait de Mlle Blanche Pierson gravé à l'eau-forte par Abot.