Nous manifestons,
Vous manifestez...
C'est un plaisir comme un autre et une façon d'inaugurer le mois de mai.
Joli mois de mai, quand reviendras-tu?
Que je manifeste et n'sois pas battu!
Il reviendra, et bientôt, et les Chambres avec lui et la vie politique et les chasses au portefeuille et les discussions interminables. En attendant, Paris a, pour se divertir, l'exposition de Poil et Plume chez M. Bodinier. Poil, c'est le pinceau, plume, c'est la plume du littérateur, le tout se mêlant pour attirer la curiosité publique. Je vous en parlais l'autre jour. Et je dois constater maintenant que l'exhibition a réussi.
Yvette Guilbert continue, elle aussi, à attirer la foule à la Bodinière. Il paraît que M. Duquesnel a voulu engager la chanteuse à la mode pour jouer le Petit Faust à la Porte Saint-Martin. Yvette Guilbert a refusé. Elle est reine dans son domaine, et elle s'y tient.
Étrange fille, décidément, une artiste rare, un type très particulier, tout à fait moderne. Une diseuse exquise, profonde, originale. Elle fait tout un drame de cette chanson de Xanrof, qui s'appelle Sur la scène, le lamento d'une comédienne écœurée qui vieillit, et qui n'a d'autre ressource après avoir souffert «sur la scène» que de se jeter «dans la Seine.»
Ces écœurements, Yvette Guilbert--aujourd'hui célèbre--les a connus avant d'être applaudie, et fêtée, et riche. Aux Variétés, où elle joua un bout de rôle dans Décoré, sur d'autres scènes où elle chanta dans les chœurs, on lui disait:
--Vous ne ferez jamais rien!