Mais, bon Dieu! qu'il doit y avoir de petites et grosses intrigues sous cette question de l'Opéra! Les chanteuses agissent, les danseuses se démènent. Pour combien de députés cette question d'art se résout-elle simplement à ceci:

--Le nouveau directeur fera-t-il danser un pas à Mlle Legouvé ou à Mlle Hirsch?

Qui écrirait la chronique de l'élection ou de la réélection du directeur tracerait sans doute un joli chapitre d'histoire politico-chorégraphique. Ce que j'en dis là est de pur racontage, et ce n'est que le très petit côté de la question. Le nombre des représentations à donner, voilà le grand point. C'est à quoi M. Bourgeois, dit-on, tient le plus: il trouve que le magnifique monument est trop souvent clos, et il demande aux candidats des représentations plus fréquentes.

--Mais c'est impossible! disent les uns.

--Mais on les donnait pendant l'Exposition?

Ce sera le point décisif. Il faut que l'Opéra soit ouvert ou fermé, et qu'il soit ouvert le plus souvent possible. Tant pis pour le directeur, qui a déjà tant à faire de lutter contre les bronchites, enrouements, coryzas, angines et autres refroidissements de ses pensionnaires!

Il est probable qu'une décision ministérielle aura été prise à l'heure où paraîtront ces lignes. Et ce sera alors une question de moins pour les journalistes à court de copie et les reporters qui inventent les consultations:

--Que pensez-vous de la triple alliance devenue, dit-on, la quadruple alliance?

--Quel est votre avis sur le bi-métallisme?

--Êtes-vous pour ou contre les répétitions générales?