Un bureau populaire (quartier des Halles).

En terme de métier, c'est ce qu'on appelle la viande, attendant l'acheteuse où l'acheteur, et dans les murmures des conversations reprises, dans les piétinées impatientes, les respirations anxieuses sifflent, les cous se dressent, les échines se tendent dans la direction du fond, où, derrière un bureau boiteux, le patron, dont on n'aperçoit que le crâne chauve qui brille, la tête penchée sur son registre visé par la police, va les inscrire tour à tour.

L'ensemble est sale et triste parmi le désordre des malles traînant dans la chambre, et les affaires n'ont pas l'air d'aller toutes seules. Nous sommes, en effet, ici dans les bas-fonds de la profession.

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Hier encore bookmaker, ainsi que l'indiquent les gravures de courses clouées au mur, au-dessus de son bureau, le patron a quitté son métier devenu improductif et, à la hâte, a transformé son usine à paris en agence, où, en désespoir de cause, sont venues s'échouer toutes les épluchures du panier: filles de campagne épaisses, ne sachant ni lire ni écrire, servantes de brasseries ou d'estaminets, au nez en trompette, aux cheveux ébouriffés, dorés encore par place sous un restant de teinture, toutes filles enfin d'un placement improbable, difficile, dont la profession des maîtres qu'elles quittent ou qu'elles recherchent se reconnaît aux certificats faits avec des encres, des écritures et des orthographes fantaisistes, en des libellés prétentieux, qu'elles présentent, déchirés et graisseux, pliés ensemble dans un morceau de journal.

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Sortons vite, et continuons notre étude, mais dans un milieu plus relevé. Notre dessin nous montre, comme contraste, l'intérieur d'un bureau de placement mondain.

Ici, c'est tout différent. Nous sommes dans la rue Saint-Honoré, dans une maison d'apparence bourgeoise et propre dont la devise, on le sent dès l'entrée, est: silence et discrétion.

D'abord, pas de domestiques qui attendent dans l'antichambre; à peine une ou deux ombres aux profils discrètement perdus, et c'est tout.