Le bureau lui-même est dans un salon bourgeois, une sorte d'intérieur de vieille fille. La directrice et sa secrétaire, assises devant une table, causent à voix basse de leurs petites affaires dans le silence, interrompu seulement par le grincement des plumes de deux employées qui écrivent, le tic-tac de la pendule, et le bruit lointain d'un orgue de l'Oratoire, dont le massif de pierre se montre par la baie de la fenêtre du fond.

Classique

Écoutons-les causer et nous allons connaître le tout-Paris des gens de maison.

Eh bien, là aussi, il paraît que les affaires ne vont pas très bien et nous entendons des plaintes au sujet de la noblesse, de la bourgeoisie et du petit commerce, les trois genres de clientèles de la maison. La noblesse d'abord: pour l'antichambre il y a deux sortes de noblesse: la noblesse impériale et la noblesse légitimiste.

En ce qui concerne la première, souvenirs et regrets; et quels regrets! car c'était elle qui menait tout le train, d'un luxe fou. On avait alors au moins dix domestiques dans une maison: un maître-d'hôtel, quatre valets de pied, une première, une deuxième et une troisième femme de chambre, un chef de cuisine enfin avec son aide; ce personnel, sauf le cocher qui se plaçait par l'intermédiaire du carrossier, était du ressort du bureau de placement, à raison de 5% de remise sur les appointements de l'année. Et cela allait et venait sans cesse, des familles entières arrivant, attirées par les fêtes de la cour, se montant une maison complète pour quelques mois seulement et payant sans compter et sans marchander.

Tout cela a disparu emporté par la tourmente, tarissant ainsi la source des gros profits. Il n'est pas aujourd'hui jusqu'aux ambassades qui n'aient en grande partie supprimé leurs livrées.

Un bureau mondain (quartier Saint-Honoré).

Quant à nos gouvernants actuels, ils sont presque tous en location. Bref, il ne reste plus que la noblesse légitimiste, bien diminuée, paraît-il, aussi. Il y a à peine sept à huit grandes familles montées et qui reçoivent encore, le reste passe la plus notable partie de l'année en voyage, à Nice, Cannes, Londres, ou dans des terres qui ne rapportent presque plus rien, mais qui, en revanche, prennent souvent le bénéfice du placeur.