Et, d'un vigoureux coup de bâton, il voulut inspirer à son âne une allure plus vive. Mais--ô la pire des infortunes!--le bâton rompit; Triquet, qui vit l'aventure, se cabra et, au lieu d'avancer, recula en agitant ses oreilles d'un air narquois. Amyle cogna des talons, cogna des poings, rien n'y fit. Force lui fut donc de descendre, de prendre Triquet par la bride et de le tirer derrière lui. Dans ce burlesque équipage, il s'achemina, lentement à vrai dire, car l'âne, s'arc-boutant de ses quatre fers sur le sol, ne faisait guère plus d'un pas toutes les deux minutes.
Soudain, Amyle poussa un cri de joie en voyant venir à lui une femme qui, sous son bras, portait un bâton noir, tortu et noueux. Il l'accosta, la salua--bien qu'elle ne fût point jolie--et, poliment, lui demanda de lui vendre son bâton. La femme l'examina curieusement.
--Et que voulez-vous faire de mon bâton? s'enquit-elle.
--En frapper Triquet.
--Je ne céderai pas mon bâton pour telle besogne.
Alors Amyle supplia, sanglota et, pour attendrir la femme, qu'il supposait sensible comme toutes ses pareilles, il narra son histoire.
--Je vois, dit la femme lorsqu'il eut achevé, que votre cœur est bon, puisqu'il est féru d'amour. Je vous donnerai mon bâton, mais n'allez pas plus loin, et rentrez en votre village.
--Oh! interrompit Amyle, si c'est pour rentrer à l'écurie, point n'ai-je besoin, madame, de votre bâton. Triquet saura bien trotter, voire galoper, s'il s'en souvient encore!...
--Je vous répète que ce bâton n'est pas pour frapper... Il vous donnera la main de votre élue.
--Quoi! ce vilain bâton noir, tortu et noueux?...