--Est le talisman qui fera sourire Ydoine.

--Vous vous moquez, voulut riposter Amyle.

Il se tut, transi d'effroi. La femme avait disparu dans un nuage embaumé, et Amyle ouït une voix douce qui disait:

--Prends ce bâton, pique-le en un vase plein de terre grasse et le porte ainsi au seigneur Thiébault, qui devra le placer en un endroit éclairé où personne n'aura licence de pénétrer avant le jour fixé pour le concours. Quand tes rivaux se présenteront, laisse-les étaler leurs merveilles; seulement alors tu iras chercher le bâton et tu l'offriras à ton Ydoine. Va, et réjouis-toi en l'assurance que je te donne d'une heureuse issue...

III

Amyle crut en ces paroles et rentra au village d'un seul temps de galop. Une fois arrivé, il piqua le bâton en un vase plein de terre grasse et se présenta au Château-de-Velours.

--Voici ce que j'apporte pour votre belle Ydoine, dit-il au baron.

--Quoi? ce vilain bâton noir, tortu et noueux! Tu mériterais, insolent, qu'il te fût rompu sur le dos!

--Gardez-vous-en bien! Il n'est point pour frapper, mais pour faire sourire et mettre en joie votre belle Ydoine, assura hardiment Amyle. J'ai le droit de concourir comme les autres, et vous devez suspendre tout jugement jusqu'au jour fixé.

Le baron, étant juste, se rendit à cette raison. Il conduisit Amyle dans une pièce élevée du donjon, où le bâton et le vase furent déposés contre la fenêtre. Ensuite Amyle ferma lui-même la porte et en conserva les clefs.