Aux Mirlitons, à l'Épatant, comme vous voudrez, mais je n'aime pas ce nom l'Épatant, on donnera, quand paraîtront ces lignes, une revue du spirituel reviewer M. de Massa: Floréal, une revue de printemps, dont les flonflons s'envoleront, rue Royale, la veille et le jour du Grand-Prix. Et ce n'est pas tout. Le théâtre envahit la vie privée. Les comédiens ne travaillent plus que pour les salons et les salons ne s'ouvrent plus que pour les journaux. Un maître de maison fin de siècle n'a qu'une idée en tête: Avoir une bonne presse.
Donne-t-on un dîner? Vite, la liste des convives expédiée à la gazette. Je dis les convives, je pourrais presque dire le menu. On lira bientôt: Excellent potage à la reine, hier, chez la marquise de X... ou encore: Le cuisinier du comte de Z... est célèbre. Hier, les invités du comte ont particulièrement goûté un certain chaud-froid de volaille... Vous croyez que je plaisante? On y viendra. On imprime déjà les noms, on décrit les toilettes. Les crus de la cave et la description des entremets suivront bientôt, comme pour les repas officiels. O douce intimité des repas de famille, où es-tu?
Il faudrait, pour la retrouver, remonter aux temps fabuleux. On vit en plein air. On ouvre avec fièvre sa maison aux indiscrétions, on mendie une mention dans les chroniques, quitte à minauder ensuite quelque phrase comme celle-ci:
--Vraiment, ces journalistes sont d'un sans-gêne! Ils disent tout, racontent tout! Il n'y a plus de vie privée!
Eh! non, parbleu, il n'y en a plus! Mais à qui la faute? Les maisons sont de verre aujourd'hui, comme les fortunes. Le besoin d'être imprimé tout vif affole les cervelles. Et si les journalistes disent tout, c'est qu'on leur demande tout.
--Cela aura bien une fin! disent les penseurs.
Et pourquoi cela finirait-il, puisque cela a commencé et que cela croit et embellit? Si je dis embellit, c'est que je tiens à être courtois.
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Pour une fête, par exemple, qui méritait tout l'empressement des reporters, la fête de Trianon peut passer pour un modèle. De la musique militaire dans le Jardin Français. De la musique de Rameau et de Rousseau (musique de littérateur, celle-ci) dans la salle. C'était charmant et ce petit coin silencieux de Versailles a du s'étonner de voir arriver en mail-coach, tous grelots sonnants, tant de jolies femmes en toilettes claires.
L'orage, qui s'est abattu sur Paris lundi dernier, avait eu soin de ne pas troubler l'arrivée des visiteurs qui s'était faite par un beau soleil.