Comédie-Française: le Rez-de-Chaussée, comédie en un acte de M. Berr de Turrique; Rosalinde, comédie en un acte de Lambert Thiboust et M. Aurélien Scholl.--Ambigu-Comique: le Prix de beauté, de MM. Raybaud et Grisier.--Folies-Dramatiques: la Plantation Thomassin, vaudeville de M. Maurice Ordonneau.

Pour encadrer Grisélidis, qui ne suffit pas à remplir la soirée, la Comédie-Française a mis sur son affiche deux petites comédies en un acte, l'une déjà connue, l'autre inédite.

Rosalinde a été créée pour la première fois en 1859 sur le théâtre du Gymnase: c'est une des premières pièces qu'écrivit Aurélien Scholl, le brillant chroniqueur, en s'appuyant sur la renommée et l'habileté de Lambert Thiboust. Le sujet est aimable. La danseuse Rosalinde rentre du théâtre, un petit amoureux la suit: le duc Maxime de Chastenay qui n'a pas dix-huit ans... Un en-cas est préparé: pour mieux causer d'amour avec son visiteur, Rosalinde va chercher le champagne. Arrive Lélio, mime de la troupe italienne, et qui est l'amant de Rosalinde. On ne l'attendait point. En le voyant entrer Maxime se cache: Rosalinde revient, assez étonnée de trouver le comédien au lieu du petit duc, qu'elle croit parti. Une conversation s'engage entre Rosalinde et Lélio et elle devient si tendre que Maxime n'y peut tenir; il sort de son armoire. Rosalinde interloquée lui présente Lélio comme son frère... Lélio part, mais, poussé par je ne sais quel esprit de jalousie, il revient presque aussitôt... pour dire à Maxime qu'il n'est point le frère, mais l'amant de Rosalinde. Querelle. Les épées sortent du fourreau et elles vont en découdre lorsque Lélio s'avise d'expliquer au petit duc ce que sont les femmes, combien elles sont menteuses, perfides et frivoles, et combien peu elles méritent qu'on s'égorge pour elles... Maxime se laisse convaincre. Et voilà le petit duc et le mime trinquant ensemble avec le champagne de Rosalinde. C'est tout. Mais comme tout cela est conté avec grâce et avec esprit! M. Baillet est un joyeux Lélio, M. Dehelly un petit duc frêle et coquet. Mlle Ludwig joue Rosalinde avec beaucoup de malice; elle a, en la personne de Mlle Kelly, une soubrette fort piquante.

.... M. Guy de Nortain attend dans son élégant «rez-de-chaussée» une jeune femme romanesque, qui a nom Germaine de Chastenay. Que va-t-il se passer, ô mon Dieu!... Rien. Germaine a une amie, Mme de Bréval, qui, mise au courant du rendez-vous, y vient avant la jeune femme pour la sauver. Guy ne se laisse point convaincre; mais lorsque Germaine arrive, comme Mme de Bréval est restée chez lui et qu'elle assiste à la scène, cachée derrière un rideau, notre Parisien est tout décontenancé. Il ne sait que dire... tant il y a que Germaine s'en va désappointée. Mais elle apprend ce qui s'est passé... Va-t-elle pardonner à Guy? Heureusement Mme de Bréval veille, et elle fait une si douce morale à son amie, que Germaine se reprend, cette fois, pour tout de bon. Et toutes deux s'en vont, non sans s'être moquées de l'habitant du rez-de-chaussée, qui en est pour ses frais de fleurs et de bonbons. Cette histoire est morale et édifiante. Berquin l'eût signée. MM. Lebargy et Berr, Mmes Baretta et Muller s'y sont fait applaudir.

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L'été viendra-t-il ou ne viendra-t-il pas? On ne saurait l'affirmer. Mais ce qui est sur, c'est que les pièces dites d'été commencent à apparaître. Elles ne sont souvent pas plus mauvaises que les pièces qui ont eu la bonne fortune d'être représentées pendant l'hiver. Quelquefois même elles sont meilleures.

N'est point pourtant de cette dernière catégorie, le vaudeville que l'Ambigu, ouvrant la marche, a représenté vendredi. Le Prix de Beauté nous conte l'odyssée d'une de ces femmes qu'un jury de farceurs proclame belle entre les belles... Épousée par l'un des jurés que ses formes opulentes ont séduit, elle ne peut se résigner à la vie bourgeoise qu'il veut mener avec elle... Elle part, à la conquête des triomphes, des ovations que l'Amérique réserve aux «beautés professionnelles». Mais, par suite de circonstances qu'il serait trop long d'énumérer, elle ne va pas jusqu'en Amérique, et elle s'arrête... à la foire de Neuilly, où les badauds peuvent la voir et la contempler pour la modique somme... de cinq centimes. C'est là que son mari la retrouve guérie de la folie des grandeurs, et il lui pardonne. Le sujet en vaut un autre. Mais il est traité sans verve, sans gaieté, dans une note grise et uniforme qui lasse et ennuie.

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Plus drôle, beaucoup plus drôle est la folie, la charentonnade, que donnent les Folies-Dramatiques... Robichon, quoique marié à une charmante femme, vole à d'autres amours. Pour s'assurer par an trois mois de liberté, il a inventé la «plantation Thomassin». Il a persuadé à sa femme qu'il a hérité d'une plantation de café en Haïti et qu'il est obligé d'aller la surveiller tous les ans. Ce qu'il y a de mieux, c'est que la plantation existe en fait, mais c'est un ami de Robichon qui l'exploite, il est dans la confidence. Robichon pendant trois mois file le parfait amour avec une dame Eveline, femme légitime d'un négociant en vins... qui voyage. Le bonheur n'a qu'un temps. Un beau jour, la femme et la belle-mère de Robichon veulent accompagner leur mari et gendre à Saint-Domingue. Elles y tiennent absolument. Il faut partir. Robichon s'exécute. Mais alors que de péripéties, que de quiproquos, que de coqs-à-l'âne!... Tout ce que l'imagination d'un habile vaudevilliste peut trouver défile sous nos yeux. Cela est bête, insensé, fou. Tant que vous voudrez. Mais on rit, on rit à gorge déployée. Et que demandons-nous à un vaudevilliste? de nous faire rire. M. Ordonneau a réussi dans cette tâche. Du reste, il a été secondé à ravir par ses interprètes, qui enlèvent de verve cette bouffonnerie. Nous avons applaudi, comme ils le méritaient, MM. Gobin, Guyon fils, Bartel, Bellucci, Mes Mathilde, Berny et Guitty.

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