Études et Récits sur Alfred de Musset, par Mme la vicomtesse de Janzé. 1 vol. in-12, 3 fr. 50 (Plon, Nourrit, éditeurs).--On connaît l'histoire de cette lettre adressée au plus grand de nos poètes. La poste, d'abord indécise, la porta à Victor Hugo, lequel (l'histoire ne serait-elle pas de la légende?) la renvoya à Lamartine qui la garda. En bonne admiratrice de son poète, Mme la vicomtesse de Janzé réclame la lettre pour Alfred de Musset. Nous ne la chicanerons pas sur ce point, tout en ayant notre opinion. Mais où il nous semble que l'auteur s'avance un peu, c'est quand il affirme qu'on lira désormais beaucoup plus Musset que Lamartine et Hugo. Musset est infiniment moins lu depuis une vingtaine d'années; il est tout naturel que Victor Hugo nous laisse un instant de répit, et pour le moment on doit constater qu'il se fait une réaction sensible en faveur de Lamartine, qui, selon nous, a fort bien fait de garder l'épitre... Nous n'insistons pas et nous conseillons la lecture de l'ouvrage de Mme de Janzé plein d'anecdotes, de détails inédits, de traits piquants, à tous les admirateurs du poète de l'amour, qui reste, après tout, l'un de nos plus grands poètes.
Correspondance de Gustave Flaubert, 3e série, 1854-1869. 3 fr. 50 (Bibliothèque Charpentier).--Écrites principalement à des intimes à qui l'on dit tout, à Louis Bouilhet, Ernest Feydeau, les Goncourt, Georges Sand, etc., les lettres de ce troisième volume nous montrent la pensée de Flaubert dans son déshabillé le plus complet, sinon le plus galant. Les choses y sont appelées par leur nom, avec une recherche de l'expression crue qui frise la puérilité. Je ne pense pas qu'il y ait palefrenier sur la terre plus mal embouché que ce pauvre Flaubert. Cela, par haine du bourgeois, car ce malheureux bourgeois on voit qu'il le hait dans l'âme, il en a l'obsession, laquelle semble aujourd'hui bien vieillie, bien démodée. Reconnaissons, après cela, que ce volume est un fort précieux document, non seulement en ce qu'il éclaire l'historique de Madame Bovary et de Salammbô, mais surtout en ce qu'il nous dévoile l'état d'âme d'un homme enchaîné à son œuvre comme un galérien à son boulet. Il y a quelque chose de vraiment pénible à voir un homme suer de la sorte et l'on voudrait l'aider: c'est la revanche du bourgeois!
Le sang de France, par Georges Gourdon, avec préface de Pierre Loti, un in-12. (Albert Savine).--C'est Jeanne d'Arc qui l'a trouvé, car il est vraiment trouve ce mot: le Sang de France! et M. Georges Gourdon a été bien avisé de le lui prendre et de le placer en tête de son volume. N'est-il pas caractéristique en sa concision singulière? Il apparaît comme un drapeau et l'on sent qu'il recouvre tous les beaux sentiments inspirés par l'idée de patrie. C'est bien cela, d'ailleurs, et les grandes et touchantes figures de notre histoire, depuis Roland à Roncevaux jusqu'à l'amiral Courbet sur le Bayard, sans oublier Jeanne d'Arc elle-même, apparaissent successivement évoquées par l'auteur, en ces pages émues que Pierre Loti, l'académicien d'hier, a bien voulu faire précéder d'une préface, la chose du monde à laquelle il répugne le plus.
Hassan le janissaire, 1516, par Léon Cahun (1 vol. chez Armand Colin et Cie, éditeurs. Prix, 3 fr. 50). On sait que la maison Colin vient de commencer, sous le titre de Bibliothèque de romans historiques, une série d'œuvres qui a obtenu dès le début le succès le plus franc. Le dernier paru de cette collection, Hassan le janissaire, nous transporte en plein Orient, à l'époque de la campagne d'Égypte entreprise par le terrible sultan Sélim Ier, au seizième siècle, par conséquent, Le héros du livre, Hassan, est un jeune chrétien enrôlé de force parmi les janissaires. Son récit est une reconstitution fidèle de la vie militaire à cette époque, et les épisodes touchants ou terribles qui s'y déroulent font de ce livre un des plus attachants qu'il soit donné de lire.
Oeuvres inédites de Victor Hugo: Voyages. (Bibl. Charpentier, in-18, 3 fr. 50.)--Encore un nouveau volume d'œuvres inédites du maître, et ce ne sera pas le dernier; le siècle prochain verra encore des fonds de tiroirs se transformer en in-18. Deux voyages composent celui-ci: l'un dans les Alpes, fait en 1839, et dont le récit est fourni par des lettres adressées au jour le jour à Mme Victor Hugo; l'autre dans les Pyrénées, daté de 1813, et dont les étapes et les épisodes ont été notés sur un album. Ces deux récits n'apportent pas grand chose à la gloire du maître; ils ne lui enlèveront rien non plus, ce qui est déjà quelque chose, car il n'est rien de traître comme ces publications posthumes d'œuvres laissées de côté par le principal intéressé.
Mes crimes! mes prisons! par M. de la Boissière (1 vol. chez Savine. Prix, 3 fr. 50).
--Le lecteur aurait tort de s'imaginer, sur le vu de ce titre, qu'il va voir se dérouler sous ses yeux une série de méfaits et d'attentats. Non, l'auteur n'est pas un criminel endurci, et le mois de prison qu'il a fait, lui journaliste, à la Santé, ne suffit pas à le classer parmi les repris de justice dangereux. Nous ne pensons pas que M. de la Boissière le regrette. Ce que le lecteur ne regrettera pas, ce sera d'avoir lu ce livre, amusant au possible.
En haut du donjon, par Charles Dubois, avec 20 eaux-fortes, par Berthalon (chez Sausset, 7, boulevard Saint-Martin).
En haut du donjon est le livre d'un peintre; sous la forme familière qu'autorise l'atelier, l'auteur s'est efforcé de traiter gaiement des sujets sérieux.
Après une étude topographique bien étudiée sur le Bois de Vincennes et le Bois français, l'auteur se transporte sur le donjon et note, sous leur ordre chronologique, tous les événements intéressant la contrée qu'embrasse le regard; chaque siècle est précédé d'un diagramme historique indiquant la fortune bonne ou mauvaise de notre France. Certains chapitres relèvent de l'art: les saintes chapelles de Paris et de Vincennes; le vitrail, du moyen-âge à la Renaissance; l'exagération de l'influence sur cette époque; Jean Cousin et son œuvre; les Clouets (portraits historiques).