Vingt paysages à l'eau-forte complètent ce beau volume, luxueusement imprimé par Paris, de Pontoise.
Histoire d'un Trente-Sous, 1870-1871, par Sutter Laumann. 1 vol. in-12, 3 fr. 50 (Albert Savine).--Un Trente-Sous! ce nom, c'est toute une époque, c'est tout un drame. Tout le monde aujourd'hui se souvient-il de sa signification? ce n'est pas certain. La jeune génération apprendra peut-être que c'était un garde national, il y a vingt ans, à la fin de la guerre, pendant la commune. Cette histoire nous reporte donc à ces sombres jours. L'auteur en fut l'un des humbles acteurs, nous dit-il, en nous prévenant qu'il ne nous retracera que des souvenirs personnels. Et c'est bien ce qui fait l'intérêt de son livre. Nous ne lui demandons pas d'appréciations. Quel besoin en avons-nous! N'avons-nous pas tous notre façon de penser arrêtée dans un sens ou dans l'autre? Ce que nous cherchons dans un livre de ce genre, ce sont les anecdotes, les menus faits, les détails peu importants en eux-mêmes, mais qui, rassemblés, constituent un tout caractéristique. Et c'est justement ce qu'il nous donne, avec une franchise d'allure qu'on a toujours plaisir à rencontrer.
LE PETIT-TRIANON
On a dit avec raison: «le Petit-Trianon c'est Marie-Antoinette.» Louis XVI avait offert ce palais, dont nous donnons la gravure, à la reine de la façon la plus galante: Vous aimez les fleurs, eh bien! j'ai un bouquet à vous donner, c'est le Petit-Trianon.» Marie-Antoinette en prit possession immédiatement, et elle y vécut au milieu de ses familiers, en l'agrandissant et en l'embellissant chaque jour.
Elle y fit construire, notamment, le Petit-Théâtre où elle voulait jouer en personne la comédie. Bâtie par Mique, la petite salle s'élève sur un des côtés du jardin Français. Notre gravure en figure l'entrée. C'est une sorte de petit temple en rotonde, au fronton porté par deux colonnes ioniennes avec un Apollon porte-ivre et porte-couronne. La salle est blanc et or. Les sièges sont de velours bleu. Trois étages de galerie: le premier s'appuie sur des pilastres sculptés; la seconde repose sur des trophées de mufles de lion, terminés en dépouilles et en manteaux d'Hercule branchages de chêne; la troisième est une suite de loges en œil-de-bœuf. Le plafond est de Lagrenée: l'Olympe danse sur des nuages. Des nymphes en torchés soulèvent le rideau de la scène; au-dessus, deux muses portent l'écusson de Marie-Antoinette.
La petite salle fut inaugurée solennellement le 1er août 1780, devant quelques intimes, devant ceux et celles qu'on appelait la société de la reine, devant les trois Coigny, le prince d'Hénin, le duc de Guiches, le bailli de Crussol, le duc de Polignac, le prince de Ligne, le prince Esterhazy, la comtesse de Polastron. On donna la Gageure imprévue, de Sedaine, et l'opéra-comique, le Roi et le fermier. La reine jouait dans la première pièce le rôle de Jenny, dans la seconde celui de la soubrette.
Pendant cinq ans, les représentations continuèrent, et, tour à tour, Marie-Antoinette y fut Rosine et Babet, Colette et Jenny. Elles se terminèrent subitement au mois d'août 1785, par une représentation du Barbier de Séville, qui eut lieu quatre jours après l'arrestation du cardinal de Rohan, et dans laquelle la reine jouait Rosine...
Et depuis lors, en un siècle plein, la petite salle ne s'est rouverte que trois fois, en 1811, sur l'ordre de Napoléon Ier, qui y fit donner une représentation à Marie-Louise; en 1846, sur l'ordre de Louis-Philippe, qui voulut apporter une distraction à sa bru, la duchesse d'Orléans, qui pleurait encore la mort terrible de son mari, et en 1848, pour une représentation organisée par les républicains versaillais au profit des pauvres.
Le comité qui a organisé une souscription en faveur de Houdon, et que préside si intelligemment M. Alphonse Bertrand, a pris l'initiative d'une nouvelle résurrection de la petite salle. Elle a eu lieu devant une assistance d'élite: on y remarquait l'empereur dom Pedro, le comte et la comtesse d'Eu. Les artistes de la Comédie-Française, arrivés de Paris tout costumés par des landaus, ont joué la Gageure imprévue de Sedaine: on a fort applaudi Mlles Marsy, Ludvig, Muller; MM. Prudhon, de Féraudy, Truffler et Joliet. Le corps de ballet de l'Opéra a dansé un divertissement réglé par M. Hansen sur la musique du maître du temps, et intitulé Psyché et l'Amour: nombreux bravos pour Mlles Othalini, Hobstein, Chabot, Invernizzi, Salle, etc... Le spectacle s'est terminé par le Devin du village, musique et paroles de Jean-Jacques Rousseau, supérieurement conduit par M. Danbé et interprété par Mme Molé-Truffler, MM. Soulacroix et Carbonne.