On nous avait promis des vers inédits de M. Jules Clarétie: M. Delaunay souffrant n'a pu venir les réciter. On nous avait annoncé aussi que, par une faveur spéciale de M. Yves Guyot, les grandes eaux du parc marcheraient en notre honneur. A la sortie, hélas! nous avons trouvé la pluie et l'orage. Il pleuvait tellement que quelques-uns des artistes, ne retrouvant plus leurs voitures pour rentrer directement à Paris, s'en sont revenus par le chemin de fer, tout costumés qu'ils étaient: épilogue amusant de cette délicieuse journée. Car ce fut une délicieuse journée; et, au retour, les allées mouillées des bois de Saint-Cloud et de Boulogne fleuraient bon, et, tandis que la voiture nous ramenait vite, tout ce passé charmant, que la représentation donnée au petit théâtre avait évoqué, revivait à notre esprit. Combien ils furent heureux, les heureux de cette époque si délicieuse du dix-huitième siècle! Talleyrand le disait:

«Ceux qui n'ont point vécu dans les dernières années qui précédèrent la révolution n'ont pas connu la douceur de vivre.»

Adolphe Aderer.

LES ÉVÉNEMENTS DES COMORES

Les îles Comores viennent d'être le théâtre d'événements importants au point de vue de notre empire colonial de la mer des Indes.

L'archipel des Comores se compose, outre l'île Mayotte, colonie française depuis 1813, des îles d'Anjouan, Moheli et Grande-Comore, qui ont réclamé notre protection en 1886.

Anjouan, la plus belle et la plus petite du groupe, peuplée de plus de 50,000 habitants et gouvernée par le sultan Abdallah, était en réalité soumise à l'arbitraire de quelques Anglais et Américains, propriétaires d'importantes sucreries et plantations. C'est pour se soustraire à leur tyrannie que le sultan Abdallah demanda le protectorat de la France, qui fut accordé aussitôt. Cet exemple a été suivi par les autres îles du groupe, et un résident fut placé à Anjouan, sous l'autorité du gouverneur de Mayotte.

Le sultan Abdallah avait alors près de quatre-vingts ans; il était aveugle et son entourage, obéissant à des influences hostiles à la France, suscita, vers la fin de l'année dernière, des difficultés d'une nature assez grave pour obliger notre résident, M. le Dr Ormières, à se retirer; il y avait même eu des insultes à notre pavillon.

A ce moment, Abdallah mourut. Son fils, le prince Salim, et son frère, le prince Saïd-Omar, se disputèrent sa succession et chacun des compétiteurs envoya des émissaires auprès du gouverneur français de Mayotte afin d'essayer d'obtenir l'appui de la France. M. Hibon, notre gouverneur par intérim, laissa les ambassadeurs sans réponse jusqu'au retour du gouverneur titulaire, M. Papinaud, qui revenait le 5 mars, muni d'instructions ministérielles.

Conformément à ces instruction, M. Papinaud s'embarquait sur le Boursaint à destination d'Anjouan, accompagné du résident français, M. Ormières, et portant un ultimatum qui non seulement ne fut pas écouté, mais dont la teneur provoqua une vive effervescence parmi les indigènes. A peine le Boursaint s'était-il retiré qu'il y eut une révolte suivie de massacres parmi les partisans des divers compétiteurs au pouvoir et l'on proclama sultan le prince Boura-Ali, parent éloigné du sultan Abdallah.